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Voyage dans un pays sans politique…n°1 (par Cécile Leroux)

(Nous publions ici le bloc note d’une des animatrices de notre association dans le 05, le voyage d’une militante…)

Samedi 1er juin 2013 : premier jour de mon voyage au cœur d’une ville, Gap, située dans les Hautes-Alpes, en France, dans l’Europe et au cœur du Monde.

Pour ma première journée de périple au cœur de la Vélorution je me suis entraînée en marchant 1/2h à pied, j’ai mangé, j’ai fait la sieste et je suis allée à la Pépinière en voiture pour profiter de Festiv’idées. C’est une manifestation organisée depuis 3 ans par l’association Mobil’idées qui réfléchit et propose des solutions pour les déplacements doux. C’est toujours joyeux, plein de jeunes et de petits enfants qui courent partout et d’engins tous plus extraordinaires les uns que les autres. Chaque année ils proposent des animations rigolotes, des ateliers et ils présentent des aventures à vélo vécues par des jeunes.

Il se trouve que notre association politique (Pour une Alternative Citoyenne à Gauche) avait demandé à avoir un stand dans cette manifestation : voilà comment nous avions présenté notre demande.

Bonjour X.

J’ai vu que Festiv’idées avait lieu en fin de mois et je me suis dit que ce serait un bon moment pour rencontrer des jeunes sur notre idée « de tous capables » et notre recherche de personnes intéressées pour faire un projet municipal différent.

Je me suis donc demandé si on pourrait avoir un petit stand dans cette manifestation qui pourrait par exemple s’intituler « Les p’tits vélos de la politique face aux grosses cylindrées : à Gap c’est possible ! ». Alors j’ai pensé à toi et à Y. Je lui envoie aussi un message. Pouvez-vous en parler à Mobil’idées ? Je crois que c’est le moment de se poser des questions telles que : est ce qu’on reste avec la même équipe municipale ? On a un projet qui a un rapport direct avec la transformation de la ville et avec la politique d’aménagement : est ce qu’on se lance dans un travail avec d’autres ? 

Il nous reste tout juste 10 mois avant les élections…Avec les élus de l’opposition GAUCHE nous nous sommes donnés jusqu’à fin juin pour voir si les citoyens de Gap bougeaient autour d’un projet construit ensemble. On commence à sentir un léger frémissement.

Nous sommes prêts à venir vous présenter notre projet des capables.

A bientôt

Cécile Leroux

Voici leur réponse :

Bonjour Cécile,

J’ai bien reçu ton message, et nous en avons parlé en CA de Mobil’idées.
Nous sommes tout à fait sensibles au fait de faire bouger les choses et d’interpeller les gens. Par contre, le projet associatif de Mobil’idées est intrinsèquement apolitique, et, au-delà de nos sensibilités individuelles, il nous est donc difficile de proposer à GAUCHE d’avoir un stand, sans le proposer équitablement à toutes les autres formations politiques.
Même si je crois fermement à la portée politique (enjeu écologique, sociaux, rénovation de la ville etc.) de nos actions,
le Festiv’idées doit rester un espace qui lie sensibilisation/changement des comportements et culture/animation.

Pour ces raisons, nous préférons ne pas installer de tels stands sur notre événement.

Par contre, rien ne vous empêche de venir à l’inauguration des pistes cyclables par le Maire prévue le vendredi soir à la Pépinière et inclus dans le programme du Festiv’idées (en pièce jointe), pour l’interpeller à votre guise.
Personnellement, j’aurai voulu participer à la réunion des capables sur l’aménagement urbain et les déplacements, mais je n’ai pas pu… Peut-être une autre fois pour échanger là-dessus ?

A ta disposition si tu as besoin
A bientôt
X.

Je n’ai pas été étonnée de la réponse : un militant de notre association nous a dit : « Roger Didier (le maire de Gap) aime Mobil’Idées et Mobil’Idées aime Roger Didier ». Traduction : l’association est bien soutenue par la commune et ne veut pas se mettre en danger ! Il faut savoir aussi, à leur décharge, que ce maire a pour habitude de priver de subventions ou de salles les associations qui ne vont pas dans son sens !

Nous avons donc décidé d’aller distribuer notre invitation aux « rendez-vous des capables », à cette manifestation qui a lieu les 31 mai, 1er et 2 juin.

J’ai profité de personnes attablés (plutôt jeunes) en train de finir leur repas pour distribuer les tracts des « capables » : je ne peux pas me plaindre de leur manque de curiosité. Mais en gros on m’a renvoyé 3 réactions :

« Nous les jeunes on pense que la politique ne sert plus à rien. On préfère essayer de changer ce qui ne va pas avec des actions. »

« Est-ce que vous connaissez Etienne Chouard, Le colibri, les villes en transition ? »

« Quelle est votre position sur l’autoroute et sur les lignes à haute tension ? »

J’avais choisi de voir à 14h un film sur un voyage de plus d’un an fait par un jeune couple en Europe. Leur objectif : faire le tour de la Méditerranée (en vélo couché) et rencontrer des gens. Les images sont magnifiques, le texte est intéressant, les paysages étonnants. Ils sont sportifs et cela se voit puisqu’ils ont traversé de nombreuses régions montagneuses et ont passé 4 saisons à pédaler dans des conditions pas toujours évidentes (notamment en hiver sous la neige !)

Comment ils s’en sortent ? Ils frappent aux portes et demandent un bout de terrain pour planter leur tente. La plus part du temps ils sont accueillis par des personnes intéressées par leur périple et qui les nourrissent ou les font dormir à l’abri.

Sortant de là je me suis posée plusieurs questions : pas un mot sur la très grande pauvreté des régions qu’ils traversent. Comment rendent-ils l’accueil reçu ? Parfois ils ont aidé aux champs, mais le plus souvent ils passaient.

Ils ont fait de gros efforts sur les langues et ont beaucoup parlé : l’histoire politique, les religions de ces pays sont évoquées avec les personnes qu’ils rencontrent, c’est le bon coté de leur film.

L’autre question était : quand ils reviennent, qu’est ce qu’ils font de tout cela ? C’est clair que pour eux c’est un cheminement personnel et qu’ils en sortent forcément transformés. Mais rentrés en France à quoi, à qui sert cette expérience ?

Comme ils le disent à la fin, ils sont prêts à repartir…

Après le film ils se sont prêtés aux questions : quand j’ai vu le style des interrogations (plutôt pratiques : quelles routes, quelles carte ?), je suis partie. Je n’allais pas gâcher leur plaisir avec mes questions de militante âgée…

Si je résume les interrogations qu’il me faut résoudre au cours de mon voyage, voici les premières :

– Le voyage initiatique (en vélo, à pied ou sur un âne) peut-il avoir d’autres buts ? Les conditions de vie, l’histoire des personnes rencontrées nous questionnent-elles ? Et si oui, une fois rentrés qu’est ce qu’on fait de tout cela ?

– Transformer ce qui ne va pas par des actions individuelles ou en petit groupe est-ce bien suffisant pour combattre le capitalisme, les désastres écologiques, la misère provoquée par la crise ? Si, comme Etienne Chouard, je travaille sur une nouvelle constitution pour la VIème république : qui va la mettre en place ? Qui va décider d’une assemblée constituante ?

– Si les associations ne bougent pas de peur de perdre leurs subventions ou leurs locaux, comment lutter contre l’attaque généralisée contre la forme associative ? Pourquoi ne se disent-elles pas : on se met à plusieurs et on se bagarre contre ce maire despotique ? Que devient le courage politique ?

– Qu’est ce que cela veut dire « apolitique » ? Si Festiv’idées est un espace qui lie sensibilisation/changement des comportements et culture/animation, est ce que cela veut dire que ces 4 termes n’ont aucune connotation politique ?

Dimanche 2 juillet 2013

Assez bonne nuit après cette journée sportive, entrecoupée de cris des copines de la petite voisine qui fait une fête, profitant de l’absence de ses parents…

Poursuivant mon voyage dans le Monde des cultures et idées de la veille voilà ce que je découvre au petit déjeuner : un article intitulé  « inventer la frugalité » qui est un entretien avec Patrick Viveret. Selon lui la critique de notre modèle économique obsédé par la croissance accouche d’initiatives constructives : potagers urbains, monnaies locales, énergies douces…

Le collectif citoyen Roosevelt auquel il appartient défend une société « d’équilibre et de convivialité ».

Il parle en vrac des mouvements de la décroissances, des « cultural créatives », des villes en transition.

A la fin le journaliste lui pose la question suivante : ces mouvements visent-ils une expression politique ? Et il répond : ils sont très politiques, au sens où ils travaillent la question du vivre ensemble dans la cité mais ils sont très réticents à l’égard du modèle classique de partis. Ils cherchent de nouvelles formes de pratique de la démocratie, qualitative et pas seulement quantitative, comme le font aussi les « indignés » ou les forums sociaux mondiaux qui accordent une grande importance aux minorités. Leur approche commence à irriguer le modèle politique traditionnel, impuissant à traiter les questions complexes des sociétés en transition. Sur nombre de sujets, qu’il s’agisse d’énergie, d’écologie, d’aménagement du territoire ou de régulation du système bancaire, l’expertise des associations, des ONG ou de mouvement comme ATTAC est souvent plus avancée. Certains acteurs politiques commencent à entrer en résonance avec ces nouvelles approches. »

Ce passage répond en partie à une de mes questions : ils font de la politique parce qu’ils travaillent sur le vivre ensemble. Mais ils ne veulent rien savoir du reste : les partis, les élections, l’organisation constitutionnelle. D’après Patrick Viveret leur expertise irrigue le modèle politique. Mais nouvelle question : comment cette expertise peut-elle circuler s’ils refusent le contact ?

Lundi 3 juin 2013

Mon périple se poursuit au cœur d’un petit village gaulois rattaché à Gap : à 10’ de chez moi un autre monde, Romette. Je suis les cours d’un aquarelliste avec une douzaine d’autres femmes, toutes d’un certain âge. Là plusieurs approches : celles qui doutent « je n’y arriverais jamais…» celles qui essaient de faire aussi bien que le maître. Et celles qui se font plaisir en faisant à leur sauce : parmi elles 2 ou 3 sont de vraies artistes. Le monde ne parvient pas jusque là : on ne parle que d’aquarelle…c’est reposant, mais inquiétant.

En rentrant petit tour en Turquie (avec Libération) histoire de prendre l’air. A Istanbul, les flics ont fini par laisser la place Taksim aux manifestants ! De quoi s’agit il au juste ? Le premier ministre Erdogan, saisi d’une fièvre oligarchique et islamique (il concentre tous les pouvoirs) et d’un « ego bâtisseur » veut détruire cette place symbolique et un parc de 600 arbres et y construire un centre culturel et commercial style caserne ottomane (symbole de l’ordre islamique !) Cela va avec les condamnations pour blasphèmes, l’interdiction de l’alcool ou la réintroduction du voile. La société civile se bat depuis 2 ans contre ce projet qui risque de détruire un des rares espaces verts de la ville. Cette résistance a gagné une cinquantaine de villes.

Un des « tweet » qui appelait à la résistance disait «  la révolution ne sera pas diffusée à la télé, quitte la maison et vient nous rejoindre ».

Comme j’aimerai d’un seul tweet faire sortir les gapençais de leur trou !

Le président turc Abdullah Gül a lancé un appel au calme : «  Dans une démocratie, les réactions doivent être exprimées avec bon sens, avec calme et, en retour, les dirigeants doivent déployer plus d’efforts pour prêter une oreille attentive aux différentes opinions et inquiétudes ».

Toute similitude avec des personnalités de notre entourage doit être proscrite…

Mardi 4 juin

Cela tombe bien aujourd’hui une anecdote vient illustrer mes notes de voyages précédentes.

En tant que membres de l’opposition Jean-Claude Eyraud et Françoise Perroud ont attaqué la délibération sur la délégation de l’eau à Véolia. Cette fois ci nous avons pris un avocat et déposé un mémoire au tribunal administratif. Le maire est furieux : il dénonce en vrac notre obstruction, notre opposition (!), notre contestation et notre idéologie. Et il fait une liste des délibérations que nous avons empêché : il y en a peu et chaque fois c’était argumenté. Nous lui proposions de revenir sur sa décision, ce qu’il refusait. Donc nous déposions un recours auprès du préfet qui annulait. De toute évidence il ne prête pas l’oreille aux différentes opinions : il pourrit l’opposition, il punit les associations qui sortent du rang. Et personne ne bouge ?

Mais si ! Un communiqué d’EELV vient d’arriver et nous réconforte :

« …La réaction de l’opposition est saine, elle témoigne de la vitalité de nos institutions démocratiques et lui (M. Didier) renvoie ses dérives autocratiques. Depuis le début de son mandat le maire de Gap accumule les décisions ou les projets hautement contestables et donc contestés ! (…) Déchetterie, terrain Galleron, patinoire, vidéoprotection, place de la République sont autant de projets coûteux, bâclés, à contre temps, imposés sans concertation avec les habitants ou allant à contresens des intérêts des gapençais et des enjeux de la commune.

(…) EELV dénonce la gabegie financière et environnementale que sera le bilan final de Roger Didier et affirme son soutien au légitime recours qu’a déposé le groupe GAUCHE sur cette question de l’eau, au nom des intérêts de l’ensemble des gapençais. »

Nous pouvons ajouter que l’eau est un bien commun de l’humanité et que nous ne voulons pas qu’il serve à enrichir Véolia ou tout autre délégataire…

Mercredi 5 juin 2013

Je poursuis ma route et me fige devant un chiffre inquiétant : 1,9 millions de jeunes français de 15-29 ans ne sont ni « en emploi » ni « en formation » ! Du jeune déscolarisé, à celui qui fait la route ou vit de trafics divers, en passant par ceux réfugiés chez leurs parents ou qui souffrent de problèmes psychiques : combien en avons-nous laissés sur le bord de la route ?

Pourtant des petites initiatives de communes : à Bordeaux ils tentent d’aider des jeunes en très grande difficultés en leur proposant des journées de travail payées tout de suite. A Lorette dans la Loire, le maire a remisé les machines de nettoyages des rues et a crée 12 000 heures de balayages accessible à tous !

Jeudi 6 juin 2013

Lu dans Le Monde : à 9 mois des municipales les maires des petites communes de gauche s’inquiètent du chômage. La question que leur posent leurs administrés : « qu’est ce qu’ils foutent là-haut ? ». Colère contre ceux qu’ils ont élus et qui ne font rien pour lutter contre le chômage. Le local contre le national (c’est nous qui recevons les personnes en grandes difficultés), la décentralisation contre la centralisation (les débats politiques à Paris sont totalement déconnectés de la réalité locale), la représentation (à la prochaine campagne municipale nous n’allons pas porter le drapeau socialiste très haut).

Voilà trois réactions typiquement françaises !

7 juin 2013

Aujourd’hui promenade écologique dans la Nièvre en bordure du Morvan : où l’on voit que le thème des énergies renouvelables n’est pas forcément porteur de progrès.

Une société, « Energies renouvelables et sciages de France » veut créer une immense scierie sur 60 hectares couplée à un incinérateur produisant de l’énergie (12 mégawatts). Pour cela elle va défricher cent hectares d’une forêt magnifique, nourrir son incinérateur avec du bois de déchetteries, rejeter des polluants, dont de la dioxine…Tout cela pour récupérer la manne lucrative d’un rachat de l’électricité par EDF. Les habitants se sont mobilisés pour défendre la forêt et les scieries déjà existantes…Pour l’instant le projet est bloqué !

Un projet identique se met en place à Gardanne dans les Bouches du Rhône.

Tout ceci intervient alors que se pose la question de la relance et de la réorganisation de la filière bois. En effet La France a la 2ème forêt d’Europe en superficie mais doit importer 6 milliards d’euros de produits du bois par an. Pourquoi ? Parce que la ressource forestière est dispersée entre 3,5 millions de propriétaires !

L’objectif du Grenelle de l’environnement était de disposer d’une capacité de production électrique par le bois de 2300 mégawatts (MW) en 2020. Aujourd’hui on en est à 1250 MW.

Nouvelles question : pourquoi la capacité d’invention des entrepreneurs ou des capitalistes pour faire du profit est-elle toujours plus rapide que la capacité de l’Etat et des individus à innover?

 Cécile Leroux

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