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Les cercles de Podemos réclament plus de pouvoir au groupe promoteur

« Qui décide » ? », a crié l’un des participants à la fin de l’assemblée de l’après-midi. Cette question, ajoutée à celle de « comment on décide ? » illustre brièvement les principaux défis auxquels est confronté Podemos aujourd’hui. La session de l’après-midi a dans ce sens été révélatrice ; dans une salle comble, l’ordre du jour fixait comme premier point la mise en commun des propositions organisationnelles et des thématiques pour la dite « Assemblée Citoyenne ’Oui, on peut’ » qui doit se tenir à l’automne dans le but d’asseoir les bases fondatrices de la nouvelle formation. Dans cette perspective, des votes sur Internet ont eu lieu entre deux listes fermées afin d’élire l’équipe qui coordonnera cette rencontre. La liste emmenée par Pablo Iglesias et Luis Alegre a obtenu le soutien de 86,8% des 55.582 personnes qui ont participé au vote. La liste alternative a obtenu quand à elle 10,3%.

La méthode d’élection de cette équipe et la manière avec laquelle a été mené à bien le processus avaient déjà suscité des critiques et des débats internes la semaine dernière, et les différents cercles locaux ont voulu saisir l’opportunité de l’assemblée pour exposer leur point de vue. Ainsi, les premières interventions dans la journée de samedi ont tourné autour de ce processus. « Nous remercions le groupe promoteur pour son travail, mais nous pointons certaines choses que nous aurions aimé voir se faire autrement », a déclaré Rebeca, représentante du cercle de Murcie. L’une de ces propositions était qu’on puisse accorder aux cercles la possibilité d’élire les deux tiers de la liste et que le tiers restant soit désigné par les personnes de la liste finalement élue. Cette intervention a été très applaudie par la salle, et d’autres représentants de cercles, comme ceux de Valence, de Navarre, de Guadalajara, de Saragosse ou d’Alicante ont abondé dans ce sens, mais toujours en précisant leur soutien au groupe promoteur emmené par Pablo Iglesias.

Diego, membre du cercle de Campo de Gibraltar, a affirmé que la base de Podemos est très large et qu’on peut avoir la sensation que « parfois, le groupe promoteur avance dans un sens qui ne recueille pas l’ensemble des sensibilités ». « Pourquoi ne pas avoir attendu aujourd’hui pour lancer la proposition (sur le processus d’élection, NdT) ? », a demandé Lucas, représentant d’un cercle de 100 membres à Londres. D’autres personnes, à titre personnel, ont également montré un certain mécontentement avec les délais et la méthode d’élection retenus.

Modalité de décision en débat

La modalité elle-même (un vote sur Internet, NdT) suscite des doutes, comme on a pu le voir la semaine dernière et ce samedi. Tandis que certains participants des cercles locaux revendiquaient une représentativité à travers des délégués ou des porte-parole à des moments déterminés, d’autres voix, comme celle de Rita, membre de la commission de Réseaux, ont souligné que « personne n’est entré dans Podemos pour répéter les structures classiques ». Carolina Bescansa, l’une des promotrices initiales de Podemos, s’est exprimée dans le même sens ; « Que personne ne se fasse d’illusions avec le système de délégués », et de défendre plutôt une structuration par assemblées générales. Pour sa part, Edu, du groupe Podemos Culture, a souligné que le système de délégués est « très excluant ».

Plusieurs interventions sur ce point ont plaidé pour un système mixte qui rassemble les deux sensibilités. Un représentant de Grenade a affirmé qu’ « il faut avoir des superstructures, mais je veux pouvoir les choisir ». María José, de Malaga a rappelé que le processus doit servir au renforcement du collectif, mais qu’on ne pouvait pas pour autant tomber dans la paralysie du mouvement du 15-M, ce qui rend nécessaire le développement de mécanismes de participation concrets. Comme l’ont exprimé certains participants, un autre aspect est la nécessité de modifier les statuts de Podemos, élaborés comme un simple instrument de gestion technique jusqu’ici. Il y a eu également un débat sur l’équilibre entre les instruments de participation par Internet et la participation « physique » dans les assemblées des cercles, l’un et l’autre pouvant laisser différents secteurs en dehors.

Le débat avançant, la concrétisation de l’organisation de l’assemblée constituante prévue à l’automne s’est peu à peu diluée. Comme l’ont affirmé plusieurs intervenants ; « Nous ne savons pas très bien comment va être cette assemblée, du coup, parler du lieu ou de la logistique n’a pas beaucoup de sens ». Il n’y a donc pas eu de conclusion sur cette question, mis à part l’intervention de Jorge Lago, l’un des membres de l’équipe de travail élue et chargé de la modération de l’assemblée ; « Nous recueillerons les propositions et les enverrons aux cercles. C’est un processus qui commence aujourd’hui, l’équipe commence à travailler aujourd’hui. Je vous demande de nous donner du temps et vous demande un vote de confiance ». Cette équipe, selon les engagements que l’un de ses membres a assumé dans l’acte final, et outre la création de canaux de communication avec les cercles, « informera pendant les prochains jours de ses propres fonctions concrètes et communiquera les procès verbaux de ses réunions ».

A l’issue de la session, qui a pratiquement duré deux heures et demi, les participants des cercles ont échangé leurs impressions. Deux membres des Asturies ont déclaré à cuartopoder.es que le principal acquis de la rencontre a été de pouvoir partager les expériences. « Nous aurions sûrement aimés débattre de plus de choses, mais nous savons que c’est le travail des assemblées citoyennes. S’il n’y a pas de base et de muscle participatif, il est difficile dans une rencontre aussi large de pouvoir définir de grandes choses. Nous demandons à être capables de nous regarder les uns et les autres et nous comprenons que le processus sera polycentrique ou ne sera pas ».

Pour leur part, deux membres du León nous ont affirmé que la journée « nous aide à voir ce que nous devons améliorer pour arriver à nos fins. Plus nous nous réunirons et mieux nous parviendrons à atteindre ce que nous voulons ». Ils ont en outre signalé la nécessité d’avancer des propositions concrète et pas autant d’opinions. Andrés, de Grenade, évalue de manière positive la rencontre, tout en soulignant la complexité du débat méthodologique. « Nous voulons que tout le monde puisse faire de la politique, mais c’est compliqué que les gens aillent à de nombreuses assemblées. Il doit y avoir un équilibre avec d’autres instruments ».

Pour Iñigo Errejón, chef de campagne de Podemos, il s’agissait d’ « une première prise de contact, également nécessaire pour arrêter le temps, pour fixer un agenda propre, pour réfléchir au fait que nous devons aller vers le processus constituant non pas d’un sigle, mais d’un instrument d’unité populaire qui soit capable de continuer à s’agrandir ». Sur les débats internes, Errejón a estimé qu’ils sont le reflets du fait que « nous sommes confrontés pour la première fois à l’hypothèse que le changement politique est possible. Cela accélère les discussions et les enflamme, dans le meilleur sens du terme, et fait que les gens y mettent de la passion. Parce qu’aujourd’hui, parler de cela n’est pas un exercice littéraire, c’est une hypothèse plausible au vu des élections du 25 mai ».

Miguel Urban, 7e candidat sur la liste aux élections européennes et membre d’ Izquierda Anticapitalista, estime quant à lui que « certaines personnes, surtout les plus actives dans les cercles, s’en vont sans très bien savoir comment va démarrer le processus ». Bien que, selon lui, le fait de se rencontrer est déjà positif en soi, il pense que l’Assemblée aurait « dû essayer d’établir une feuille de route plus collective pour la nouvelle commission technique élue, pour les aider surtout ». De toute manière, Urban n’est pas pessimiste ; « C’est très intéressant parce que nous pratiquons la démocratie. Le problème, c’est que nous sommes peu habitués à la pratiquer et donc de nombreux doutes nous assaillent. L’unique manière de les résoudre est de passer à la pratique, et bien souvent en nous trompant. Voir l’erreur comme une chose mauvaise serait contre-productif, cela peut être quelque chose de bon ».

Miguel Muñoz. Publié sur Avanti.be

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