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Hôpital public : face à l’”hôstérité »

La restructuration néolibérale du système de soins, et notamment de l’hôpital public, connait une nette accélération. En effet, depuis une quinzaine d’année, elle est à l’œuvre avec la mise en place sous Jospin de l’Ondam (Objectif national des dépenses d’assurances maladie), fixé annuellement qui encadre la loi de financement de la sécurité sociale, avec la réforme Mattei instaurant le financement par la tarification à l’activité, et ensuite la réforme Bachelot sur la gouvernance hospitalière et la transformation des ARH en  Agences Régionales de Santé. Ces différentes législations ont mis en place les principaux outils permettant d’imposer aux établissements des contraintes gestionnaires et budgétaires qui mettent les établissements en concurrence et préparent la  privatisation des activités les plus rentables.

 

Dorénavant  c’est le règne de l’hôpital-entreprise : on ne soigne plus, on vend du soin.

Les choix de santé ne sont plus faits suite à un  débat public, voire démocratique, sous le contrôle de la population et des élus, mais par des gestionnaires et des financiers, dirigés par le superpréfet sanitaire qu’est le directeur de l’ARS, qui  décide sans contrôle de la vie et de la mort d’un service ou d’un établissement. L’exemple de la gestion de la santé illustre parfaitement ce que certains appellent la  confiscation de la démocratie par les marchés.

Les conséquences : en 25 ans, ce sont des dizaines de milliers de lits qui ont été supprimés, des dizaines de services et notamment des maternités qui ont été fermés avec comme double effet :

– pour les usagers, ce sont des conditions de prise en charge dégradées, un accès aux soins publics plus difficile, des délais d’attente qui s’allongent pour avoir un rendez-vous, et un secteur privé qui dans ce contexte  prend la place à coup de dépassements de tarifs entrainant un reste à charge de plus en plus important.

– pour les personnels c’est à une dégradation massive des conditions de travail à laquelle on assiste avec une souffrance professionnelle ayant entraîné de nombreux suicides. Ce n’est pas le moindre des paradoxes que d’avoir dans un système dédié aux soins des personnels chargés des soins mis en grande souffrance.

Au plan financier, la situation s’est également dégradée avec une dette hospitalière qui a explosée à la suite à la modification du mode de financement des investissements. En conséquence, ce sont des dizaines de plans de retour à l’équilibre qui ont touché les établissements, frappant essentiellement les frais de personnels et la masse salariale (suppression de postes, développement massif de la précarité avec les contractuels, etc.).

Le début de la révolte ?

Depuis longtemps, il y a  une activité ‘’citoyenne’’ vivace, menée par de nombreux collectifs de défense de la santé, largement regroupés dans la Coordination de Défense des Hôpitaux et Maternités de Proximité et le collectif national ‘’ Notre Santé En Danger’’.

La lutte pour la maternité des Lilas en région parisienne est de ce point de vue hautement symbolique.

Cependant, on assiste depuis plusieurs mois à un phénomène nouveau : pour les personnels, la situation devient insoutenable et la révolte monte, la résignation recule. On ne compte plus aujourd’hui les mouvements de protestation gréviste sous différentes formes, dont la mobilisation est liée, soit à un projet de fermetures, soit à des suppressions de postes, soit à des remises en cause des congés, notamment les RTT.

Quelques exemples : la grève de l’hôpital psychiatrique Paul Guiraud à Villejuif contre le projet de suppression des RTT, celle de l’ EPSM de Caen contre les mesures budgétaires, de Vitry-le-François ou avec cynisme l’ ARS a décidé la fermeture de la maternité en février 2015 pour cause de déficit de l’ hôpital, de Brest ou sont prévue 183 suppressions de postes, de Chaumont contre la fermeture du service de réanimation, de Langres en défense de hôpital, à Aurillac avec la grève des personnels, à Bailleul dans le Nord, à Garches ou l’ AP-HP ferme un service de cancérologie pédiatrique, à Carcassonne avec la grève aux urgences, Alençon contre le projet de suppressions de 35 postes, à Rennes pour le respect des congés et des rémunérations, à Toulouse avec la grève du personnel de la crèche et du département informatique, à Sarlat contre les suppressions de postes et la grève dans le service de psychiatrie…

La mobilisation pour le 23 septembre, une échéance importante

Dans ce contexte, l’initiative prise par l’intersyndicale de l’EPSM de Caen, en mai dernier, qui a réuni une première cinquantaine de structures syndicales de base d’établissements en bagarre, ouvre une perspective essentielle : coordonner et faire converger les mobilisations.

Après une première réunion à Caen puis à Nanterre c’est une convergence des hôpitaux en lutte qui se construit.

La première initiative a été une manifestation de soutien aux grévistes de Caen, lourdement menacés par la justice suite aux recours de la direction.

La prochaine initiative est prévue le 23 septembre 2014 avec appel à manifestation nationale à Paris. Elle se prépare activement sur le thème Non à l’ « Hosterité ».

Un appel a également été rédigé en direction de la population et des usagers. Des structures comme la Coordination et Notre Santé En Danger vont être amenées à se prononcer.

C’est la perspective d’une mobilisation d’ampleur qui doit se préparer à l’occasion du débat sur le PLFSS qui aura lieu en octobre/novembre. Pour défendre la sécu, le droit et l’accès à la santé, contre les logiques commerciales qui accentuent la ségrégation sociale.

Ensemble ! Y prendra toute sa part et propose à tout le Front de Gauche de s’y investir dans la même démarche que celle qui avait fait le succès du 12 avril.

Bruno Percebois

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