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Ils ont tué Rémi Fraisse. Un retour précis sur les faits, une prise de position

Rémi Fraisse est mort dans le département où Jaurès fut député, sur le chantier du barrage de Sivens.

Rémi est mort dans la nuit du 25 au 26 octobre, lors de heurts entre manifestants et gendarmes. Les mois et les semaines précédentes les exactions policières s’étaient multipliées, dans l’impunité des des forces de l’ordre. La hiérarchie de l’appareil de répression, jusqu’au ministre de l’Intérieur, fut avertie, cela continua : c’était donc avec son aval que le comportement de soudards des gendarmes continua.

Les faits et quelques commentaires.

Les faits depuis la mort de Rémi Fraisse ont été reconstitués par Mediapart et d’autres.

Sa mort est constatée par les gendarmes dès 2 heures du matin le dimanche 26 octobre. A 5 heures (du matin) un légiste constate un « décès immédiat par explosion localisée ». A 10 heures, une dépêche AFP annonce sa mort.

A 16 heures, les manifestants sécurisent le lieu de la mort de Rémi Fraisse, lieu marqué par une large tâche de sang. Les gendarmes ne l’ont pas fait.

Ces gendarmes sont compétents pour tirer des centaines de grenades offensives sur une foule, pas pour faire le travail minimal permettant un travail d’enquête (à moins que le criminel et le policier ne soient la même personne ; il ne s’agirait alors pas d’incurie mais de pratique criminelle cohérente).

A 17 heures, le procureur du cru dit son impossibilité à répondre sur la cause du décès de Rémi Fraisse. Il ment donc.

Peu après 20 heures, Cazeneuve, le Ministre de l’Intérieur parle : il dénonce ceux qui ont « porté atteinte aux monuments aux morts » et qui sont responsables d’un déchaînement de violences. Il ne parle pas de la violence meurtrière des policiers mais de celle des manifestants.

Lundi après-midi, la police scientifique arrive sur les lieux du crimes (sécurisés, tardivement, par les seuls manifestants). Ce même jour une autopsie est réalisée qui retient l’hypothèse d’une explosion dans la « région thoracique haute » comme cause de la mort immédiate.

Le Procureur d’Albi exprime son doute quant à la cause de l’explosion. Son rôle semble consister à gagner du temps pour les gendarmes et le gouvernement.

Le Directeur général de la gendarmerie lance l’hypothèse d’un engin explosif ayant appartenu à Rémi comme cause de sa mort. C’est une calomnie et il le sait. C’est une insulte à la mémoire d’un jeune écologiste tué par un gendarme et il le sait.

C’est le même jour que le Président du Conseil général du Tarn, un socialiste, l’ignoble Carcenac, déclare à propos de Rémi que « mourir pour ses idées », « c’est quand même relativement stupide et bête ». Ce politicien est un défenseur acharné de la construction du barrage de Sivens ; il y est intéressé à divers titres. Des gens comme ça ne meurent pas pour leurs idées, à la façon d’ un Allende ou d’un Guevara ; ils meurent parfois dans un règlement de comptes entre truands, la seule aventure qu’ils puissent imaginer.

Cazeneuve, le premier flic de France, dénonce, lundi, la violence …des manifestants. Puis, le mardi, il dénonce « l’instrumentalisation politique » de la mort de Rémi Fraisse. Il ne dénonce pas les assassins ; il ne dénonce pas l’instrumentalisation politique par le PS, la droite et le FN (les amis de l’assassin de Clément Méric), tous unis bien sincèrement dans leur dénonciation des « casseurs ».

Manuel Valls entre alors en scène pour défendre martialement son Cazeneuve, dire qu’il n’acceptera pas que l’on critique policiers et gendarmes et dénoncer « les casseurs ». Il ne dénonce pas ceux qui sont responsables de la fracture mortelle de la colonne vertébrale, explosée, de Rémi Fraisse.

Ensuite, le Procureur d’Albi semble se souvenir que son métier a un rapport avec la recherche de la vérité judiciaire : « la TNT retrouvée sur les vêtements de Rémi Fraisse « oriente vers un explosif militaire de type grenade offensive » déclare-t-il.

Plainte est déposée par la famille de Rémi pour « homicide volontaire, violences ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner ». Le Parquet de Toulouse est saisi.

Des questions. Des responsables.

Qui est le gradé qui a lancé la grenade offensive qui a tué Rémi ? Qui a donné l’ordre de lancer des dizaines de grenades offensives ce soir-là ? Qui a donné l’ordre de harceler, blesser les zadistes pendant les mois précédants, de façon continue? Qui a organisé les mensonges d’Etat les deux jours suivant la mort de Rémi ?

Ces questions sont actuellement sans réponse.

Les responsables connus de cet enchaînement meurtrier sont, quant à eux, connus: le conseil général du Tarn presque unaniment uni derrière son président, les responsables de la gendarmerie jusqu’à la direction générale. Et surtout le Ministre de l’Intérieur Cazeneuve et le Premier ministre Valls.

La démission de Cazeneuve est un minimum exigible.

La vie des opposants à leur politique de mort.

Valls veut changer le nom du PS. Il a raison : le « socialisme » de ce PS actuel n’a rien à voir avec le courage d’un réformiste sincère, se plaçant au service de la classe ouvrière, comme Jaurès.

Les héritiers des assassins de Jaurès, ces amoureux de la répression au service des classes dominantes que sont le PS, l’UMP et le FN, ont tué Rémi Fraisse. Et ils tentent de salir sa mémoire.

Le nom de Rémi Fraisse vient signifier la violence utilisée pour que rien n’entrave l’acharnement productiviste des capitalistes alors que le réchauffement climatique s’avère encore plus rapide que prévu.

Son nom vient rappeler celui de toutes les victimes de le violence policière, et de la violence patronale qui commande la première.

Faisons en sorte que ne soit pas oublié qu’ils ont tué Rémi Fraisse.

Les noms de Rémi Fraisse et Clément Méric (tué par un fasciste en juin 2013) resteront pour nous des symboles vivants du courage politique.

Nos luttes contre les politiques mortifères des néolibéraux et de leurs amis fascistes doivent s’amplifier. C’est vital.

Pascal Boissel

Article paru sur http://blogs.mediapart.fr/blog/pascal-b/091114/ils-ont-tue-remi-fraisse

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