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Le gâchis AREVA : symbole du capitalisme français

Ces soubresauts éclairent de manière crue un capitalisme français profondément déterminé par des logiques de réseaux politiques et dont le nucléaire français représente une forme de quintessence.

Ainsi, l’évolution d’Areva, et au fond son existence même, ne correspond à aucune logique écologique, sociale, scientifique ou économique. Observons les principales caractéristiques de ce symbole du capitalisme français.

Un capitalisme opaque imbriqué avec les réseaux politiques

Areva est un symbole de l’imbrication de l’Etat et du capitalisme français. En effet, les différents véhicules de l’Etat contrôlent 86,5% d’Areva dont les nominations à la direction sont un enjeu pour les réseaux politico-économiques. Les carrières du nouveau dirigeant d’Areva, Philippe Varin, dont l’identité a été révélée quelques semaines auparavant, et de son principal concurrent déchu, Pierre Blayau, illustrent ces liens : grandes écoles-haute fonction publique-galons gagnés par des politiques antisociales à la tête d’entreprises privées-nomination à la tête d’entreprises à capitaux publics.

En procédant par grandes étapes cela donne pour P.Varin :

  • Polytechnique
  • Ecole des Mines
  • PDG de PSA Peugeot-Citroën
  • Président de la fédération européenne des sidérurgistes
  • Administrateur de Saint-Gobain en 2013
  • Nommé représentant spécial pour les relations économiques avec les pays de l’Asean en juin 2014 par Laurent Fabius, dont il est proche
  • Président du conseil de surveillance d’Areva

Et pour P.Blayau

  • IEP (Science-Po) de Paris
  • ENA
  • Inspecteur des finances
  • Membre de la direction de Saint-Gobain
  • Dirigeant de la Fnac
  • Dirigeant de La Redoute
  • Dirigeant de Moulinex (à la tête de laquelle il mènera un carnage social)
  • Dirigeant de Geodis, filiale logistique de la SNCF et membre de l’exécutif de la SNCF
  • Président du conseil de surveillance d’Areva (dont il est évincé par Varin).

Comme tout bon capitaliste français important les deux ont reçu la légion d’honneur. A quelques détails près (P.Blayau présente l’originalité d’avoir également dirigé le Paris Saint-Germain), il s’agit de trajectoires parallèles jonglant entre secteurs d’activités et dont la prospérité est en grande partie due à la proximité avec les responsables politiques.

Notons que P.Varin va également faire son entrée au conseil d’administration d’EDF (également détenu par l’Etat) alors que les relations clients-fournisseurs sont très importantes entre l’électricien et le leader mondial du nucléaire. Forcément ces luttes de réseaux engendrent des crises de direction paralysantes dont les effets portent sur les travailleurs du groupe.

L’endogamie du personnel dirigeant capitaliste français en devient caricaturale : quand le conseil d’EDF discutera de certains contrats conclus avec Areva, Philippe Varin devra sans doute quitter le conseil !… « D’un point de vue gouvernance, ce n’est peut-être pas d’une pureté totale, mais l’essentiel est ailleurs » commente un « expert en gouvernance » cité par les Echos1, c’est le moins que l’on puisse dire… « L’essentiel » étant la protection d’une filière nucléaire française par des arrangements à l’abri de la couverture politique.

Le cœur nucléaire de la Françafrique

Cette protection va au-delà des petits arrangements dans les coulisses, elle prend aussi une forme dramatique avec l’impérialisme français en Afrique, en particulier au Niger où se trouvent d’importants gisements d’uranium. Les méfaits d’Areva et de l’Etat français dans ce pays sont anciens et très bien documentés, notamment par le livre « Areva en Afrique – une face cachée du nucléaire français, un Dossier Noir » écrit par Raphaël Granvaud publié par l’Association Survie et les Editions Agone. Areva exploite les sites d’Arlit et Akokan au Niger depuis près de 40 ans avec pour résultat la contamination radiologique de l’eau et de l’air destruction, la spoliation des terres pastorales, l’épuisement des nappes phréatiques. De nouveaux permis ont été accordés dans la région d’Agadez peuplée de touaregs réprimés par le gouvernement nigérien avec le soutien de l’Etat français dans le but de vider cette zone de ses habitants.

Ce cordon ombilical entre le pouvoir politique assurant la mise en œuvre de l’impérialisme français et Areva est plus que jamais d’actualité aujourd’hui : Manuel Valls, en visite au Niger, a annoncé qu’il ne renonçait pas à l’exploitation de la mine d’uranium en plein air d’Imarouren dont le démarrage a été repoussé à 2020, une « source diplomatique » ayant indiqué « Il est hors de question qu’Areva y renonce, mais simplement il faut pérenniser les perspectives. Imouraren pourra être utile pour l’approvisionnement énergétique de la France, mais plutôt à la fin des années 2020 ou disons à partir de 2020 »2… un élément central, mais généralement passé sous-silence, de l’engagement militaire français dans cette région du monde. L’Etat français agit en somme comme le bras armé d’Areva avec un discours sur « l’indépendance énergétique de la France » qui n’est que le voile pudique de l’impérialisme le plus cynique et brutal.

L’irrationnel aux commandes

Ce saccage de l’Afrique suffirait à remettre en cause le « modèle » énergétique français même s’il était « performant » par rapport à ses propres objectifs. Or, il ne l’est même pas !

Les annonces financières désastreuses du mois de novembre ne tombent pas du ciel. Elles ont deux sources principales qui sont dues à des échecs de production. La première tient à la catastrophe de Fukushima en 2011 puis au retard pris par le redémarrage de la cinquantaine de réacteurs nippons, les installations de Sendaï 1 et 2, qui seraient les premières à reprendre du service, ne devant redémarrer qu’au printemps prochain alors que le Japon représentait 10% du chiffre d’affaires du groupe jusque-là… et que très logiquement et légitimement, la société japonaise remet fortement en cause le recours au nucléaire. Le deuxième est le retard pris sur les chantiers, en particulier l’EPR finlandais qui devait rentrer en production en 2009 mais dont Areva a annoncé au mois de septembre dernier la mise en service pour… 2018 et a déjà coûté 8 milliards d’euros au groupe. Entre la conception du projet et sa mise en service (en 2018… si pas de nouveau retard), ce site sera probablement déjà obsolète.

Le « souci » (doux euphémisme) que révèlent ces cas est que non seulement le recours au nucléaire charrie des dangers inacceptables pour la planète et la population… mais que, de plus, le leader mondial du nucléaire a toutes les difficultés du monde à maîtriser cette production d’énergie tout en y consacrant des sommes colossales. En résumé, Areva mobilise d’immenses ressources, saccage un pays, pour ne pas parvenir à réaliser dans les temps des unités de production nucléaire suscitant une hostilité croissante de la population…

Une facture imposée aux travailleurs d’Areva et à la population

Mais Areva s’apprête à faire payer une bonne partie du prix de son naufrage à ses salariés. En effet, la revue Challenges nous apprend que « A la fois président d’Areva et administrateur d’EDF, Philippe Varin aura pour mission de « reconstituer une équipe nucléaire française ». Le gouvernement compte sur sa connaissance de l’industrie lourde et sur son sens de la diplomatie. Il aura le feu vert pour tailler dans les effectifs. »3. Autant pour le chantage à l’emploi du secteur du nucléaire accusant tous les défenseurs de la sortie du nucléaire de vouloir mettre ses salariés au chômage alors même que les écologistes-anticapitalistes, dont nous faisons partie, associent sortie du nucléaire et le refus du moindre recul social pour les salariés du secteur. Une articulation qui serait de toute façon rendue largement nécessaire par le processus de sortie nécessitant un important personnel de maintenance sur les sites.

Le règlement de la facture ne s’arrête pas aux travailleurs d’Areva mais également à la population. En effet, Emmanuel Macron, le ministre de l’Économie a reçu vendredi Philippe Varin et son numéro 2 Philippe Knoche, pour mettre en place un dispositif de crise, leur donner une feuille de route précise et trouver des solutions jusqu’à l’arrêté des comptes (c’est-à-dire fin février 2015). Or, quelles sont les pistes envisagées ? Le Figaro en cite trois « Augmentation de capital, adossement à EDF, structure de défaisance… ». L’adossement financier à EDF paraît compliqué dans une relation fournisseur-client et ferait tiquer à Bruxelles.

L’augmentation de capital signifierait des ressources financières nouvelles pour Areva et qui seraient amenées par qui ? Dans la situation actuelle et dans la mesure où l’Etat détient Areva à 86,5%, ce renflouement ne pourrait être réalisé que par l’Etat où l’entreprise publique EDF. En d’autres termes, ce refinancement serait assuré par les impôts et /ou la facture d’électricité. Le porte-parole du gouvernement, S.Le Foll avait pourtant indiqué qu’Areva n’avait pas besoin de cette solution4, mais avec ce gouvernement nous n’en sommes plus à une contradiction près et le fait est que la presse financière n’exclue toujours pas cette hypothèse.

Quant à la « structure de défaisance », ce terme désigne une pratique consistant à céder à une structure les actifs « pourris » générateurs de forts déficits afin de « nettoyer » les comptes d’Areva. Mais pour autant ces actifs ne disparaîtraient, ils seraient « tout simplement » ailleurs, dans cette fameuse « société de défaisance » qui ne pourra être que fortement déficitaire… et dont l’actionnaire serait l’Etat qui épongerait donc les pertes. Le modèle de cette forme de la défaisance à grande échelle en France est le Crédit Lyonnais dont les dettes ont été réglées par la population.

A l’impasse du danger nucléaire, à l’infamie de l’impérialisme français en Afrique, à une gestion économique désastreuse, à la casse sociale les capitalistes et le gouvernement français s’apprêtent donc à ajouter un racket silencieux et à grande échelle pour socialiser les pertes qu’ils ont causé.

Suren.

1 http://business.lesechos.fr/directions-generales/0203953632500-debat-autour-de-l-arrivee-de-philippe-varin-au-conseil-d-edf-105518.php

2 http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2014/11/23/97002-20141123FILWWW00126-arevaniger-exploitation-attendue-avant-2020.php

3 http://www.challenges.fr/entreprise/20141118.CHA0336/les-solutions-radicales-de-philippe-varin-pour-sauver-areva.html

 

4 http://bourse.lesechos.fr/infos-conseils-boursiers/infos-conseils-valeurs/infos/areva-n-a-pas-besoin-aujourd-hui-d-etre-recapitalise-le-foll-1014687.php

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