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Grèce, le réveil va sonner….

A moins d’une semaine des élections législatives, l’ensemble des sondages donne pour acquise la victoire de Syriza. Sans aucune exception, depuis le début de la campagne, l’écart avec la Nouvelle Démocratie varie entre trois et six points. Toute la question est de savoir si Syriza obtiendra la majorité absolue de 150 sièges à la Vouli (le Parlement) et les sondages, qui se succèderont jusqu’au dernier jour, donnent quotidiennement des réponses contradictoires (entre 145 et 155…). Dans cette situation, le jeu de la droite grecque et des forces néo-libérales est  clair, il s’agit de tout faire pour éviter la victoire totale de Syriza et, anticipant une situation économique difficile, créer toutes les conditions de l’échec de ce qu’ils appellent la « parenthèse de gauche » et la démobilisation rapide du peuple grec.

En Grèce même, plusieurs manœuvres sont en cours. La campagne indécente et mensongère d’Antonis Samaras et de la Nouvelle Démocratie, pour commencer. Il s’agit,  en tout premier lieu, de déclencher des réactions de peur : peur du chaos économique, peur des immigrés, peurs sécuritaires. Les clips de campagne de Nouvelle Démocratie n’hésitent pas à récupérer l’émotion qui a suivi les attentats de Paris, en disant notamment : « A Paris, il y a eu un attentat qui a fait au moins douze morts, et ici (en Grèce) certains accueillent et demandent même plus d’immigrants illégaux ». Après les manifestations du 11 janvier, Antonis Samaras diffuse un nouveau  clip de campagne utilisant les images de la manifestation de Paris pour illustrer un propos sécuritaire de plus en plus outré, destiné à récupérer les voix de l’extrême droite grecque ( Aube Dorée est actuellement créditée d’environ 6 %).

Conscients de la déliquescence du gouvernement Samaras, de l’effondrement de son alliance avec le Pasok, qui n’est même pas assuré de dépasser le seuil de 3% pour entrer au Parlement, les forces réactionnaires grecques s’efforcent de promouvoir des formations politiques « centristes » comme To Potami (la Rivière), ou la nouvelle scission du Pasok dirigée par Georges Papandreou, pour priver Syriza de la majorité absolue et la contraindre soit à des alliances qui auraient pour but de vider son programme de sa substance, soit d’aboutir à une situation électorale bloquée et à la convocation de nouvelles élections au cours desquelles le but serait de démontrer que Syriza ne peut amener que le blocage et le chaos.

A cet égard, les positions des autorités européennes, tant à Bruxelles qu’en Allemagne, sont très claires. Elles ne sont plus dans la même situation de vulnérabilité qu’au moment de la crise de 2008 et les banques privées sont sécurisées. Même si les dirigeants néolibéraux commencent à se résigner à la victoire inéluctable de Syriza, ils avancent deux scénarios. Le premier d’entre eux est le « Grexit », c’est à dire la sortie inévitable et forcée de la zone euro si un gouvernement Syriza s’obstinait à mettre en œuvre son programme. Mais ce scénario, qui comporte bien des dangers pour d’autres pays, ne semble pas faire l’unanimité parmi les dirigeants financiers européens. L’autre scénario envisagé pour contraindre un gouvernement dirigé par Syriza à se plier aux dernières exigences du mémorandum en cours  de négociation est la menace sur les liquidités. La Grèce doit en effet faire face à deux importantes échéances de remboursement, en mars et en juillet, et les gouvernements et les institutions européennes pourraient soumettre l’obtention de liquidités à un chantage sur les premières mesures de Syriza.

C’est dans cette situation que la responsabilité des forces de gauche radicale est importante. La solidarité qui se met en place dans toute l’Europe, dès avant le 25 janvier, commence à donner des résultats et à faire douter  certains dirigeants européens, comme en Irlande, en particulier. Les initiatives de solidarité vont donc en s’amplifiant, à la veille de l’élection : manifestation de solidarité à Bruxelles samedi 17 janvier, meeting de Syriza-Paris dimanche 18, meeting unitaire à Paris lundi 19, tels en sont les premiers élements. Mais cette mobilisation doit s’inscrire dans la durée et un premier exemple en est la création, en Italie, d’une Brigade Kallimera 25 janvier, qui se rendra en Grèce le jour de l’élection pour porter le soutien des militants italiens. D’autres initiatives internationales, colloques, voyages, sont prévues en Grèce dès les mois de février et de mars, à l’initiative du groupe GUE du Parlement européen, notamment. Au cours de l’année 2015, les élections dans l’Etat espagnol, au Portugal, pourront être autant de nouvelles secousses à la chape de plomb néolibérale. Souhaitons entendre sonner des milliers de réveil.

Mathieu Dargel.

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