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L’appel du Mrap à rendre hommage aux « oubliés de l’histoire » et à faire barrage à l’extrême droite

« Aujourd’hui, les vieux démons resurgissent avec plus de vigueur encore. L’étranger, le Rom, le musulman (ou supposés tels), le migrant, l’exilé, le sans-papiers… sont chaque jour davantage traités en boucs émissaires auxquels est attribuée la responsabilité d’une crise mondiale sans frontières. »

Le 8 mai 1945 était signée la capitulation sans condition de l’Allemagne nazie. Après une hécatombe de 60 à 80 millions de morts parmi lesquels 45 millions de civils (dont près de 6 millions de juifs et des centaines de milliers de Tsiganes, plus de 4 millions de victimes assassinées dans les camps de concentration), les peuples étaient enfin « venus à bout de la bête immonde ».

À l’heure où les idéologies racistes se développent et prennent une nouvelle ampleur dans la quasi-totalité de l’Union européenne, il est impératif de rappeler inlassablement que les discours de haine et d’exclusion conduisent toujours aux pires crimes que l’humanité ait connus.

Aujourd’hui, les vieux démons resurgissent avec plus de vigueur encore. L’étranger, le Rom, le musulman (ou supposés tels), le migrant, l’exilé, le sans-papiers… sont chaque jour davantage traités en boucs émissaires auxquels est attribuée la responsabilité d’une crise mondiale sans frontières, qu’ils sont les premiers à subir et qui ébranle tous les continents. Elle y creuse chaque jour davantage les inégalités entre les peuples et accentue les injustices sociales.

Des préjugés racistes qui imprègnent le discours politique français

Certains, jouant aux apprentis sorciers, tentent, pour de vains calculs électoraux, de faire du Front national un « parti fréquentable ». N’oublions pas que Jean-Marie Le Pen traita les camps d’extermination de « détail de l’histoire » et que le 27 janvier 2012, date même de la commémoration de la libération du camp d’Auschwitz, Marine Le Pen, invitée d’honneur du FPÖ (principale organisation d’extrême droite autrichienne), participait à Vienne à un bal de l’Olympia, organisation de tradition néonazie, antisémite et négationniste. L’extrême droite n’est pas seule responsable, les préjugés xénophobes et racistes imprègnent le discours politique français, bien au-delà de ceux 
qui en ont fait leur honteux fonds de commerce.

C’est pourquoi, en ce 70e anniversaire de la victoire sur la barbarie nazie, il est un devoir des antiracistes de rappeler qu’à cette victoire sur le IIIe Reich et sur le fascisme ont contribué, à côté des alliés (Soviétiques, Américains et Anglais, pour la plupart), de nombreux 
combattants « venus d’ailleurs ».

Dès 1939, 70 000 étrangers s’engagent dans l’armée française. En 1940, 150 000 coloniaux sont massés sur le front. Un grand nombre d’étrangers se retrouvent dans la Résistance ou dans les armées de la France libre.

Ils venaient d’Afrique noire et du Maghreb, d’Asie, d’Océanie mais aussi de l’Europe tout entière, pour contribuer à sauver la France du nazisme. Les uns avaient déjà combattu le fasciste qui avait d’abord triomphé en Italie, puis en Allemagne et en Espagne ; d’autres, colonisés, espéraient que leurs peuples bénéficieraient, eux aussi, de cette liberté chèrement acquise pour sortir du statut colonial et devenir des citoyens de leurs propres patries.

On ne demandait pas aux combattants étrangers de la Résistance s’ils mangeaient de la viande hallal ou s’ils avaient des papiers ! Ils étaient algériens, marocains, tunisiens, africains, malgaches ! Ils constituaient la Main-d’œuvre immigrée (MOI), notamment ceux du groupe Manouchian, désignés comme « terroristes » sur l’Affiche rouge : Arméniens, Hongrois, Polonais, Italiens. C’étaient encore les républicains espagnols qui, dans des chars baptisés Guadalajara, Ebro, Teruel, Brunete, Madrid, mais également Don Quijote ou Durruti, ont contribué à libérer Paris.

La Nueve, ou neuvième compagnie, est le nom de l’une des unités qui composaient la 2e division blindée du général Leclerc : elle s’est illustrée sur le sol africain et européen en 1944-1945 pour repousser jusque dans leur dernier retranchement, le nid d’aigle de Berchtesgaden, les troupes hitlériennes. Elle était majoritairement composée de républicains espagnols, réfugiés en France après la victoire de Franco. Les combattants de La Nueve furent les premiers à entrer dans la capitale française au soir du 24 août 1944.

Aujourd’hui, des enfants et petits-enfants de ces combattants venus d’ailleurs sombrent par milliers dans les eaux de la Méditerranée, transformant cette mer qui devrait être un pont entre deux continents en plus grand cimetière marin. Il ne s’agit pas d’accidents mais bien de crimes, voire de crimes contre l’humanité dont les coupables sont les politiques honteuses de cette Europe forteresse qui n’est pas la nôtre.

Le Mrap attendait, avec l’élection de François Hollande et une majorité socialiste à l’Assemblée nationale et au Sénat, des changements notoires concernant la situation des migrants. Mais, hélas, la douloureuse question des sans-papiers demeure non résolue parmi tant d’autres, les héritiers des combattants morts pour la France se trouvent encore sans papiers, sans droits, sans reconnaissance. Des exilés mineurs dorment sur les trottoirs de Paris. Malgré les promesses (vite oubliées) du candidat Hollande, ceux qui ont des papiers se voient toujours refuser le droit de vote ouvert aux résidents communautaires.

Pour que la devise Liberté, Égalité, Fraternité ne soit pas un vain mot

Quant à ceux d’entre eux qui sont de nationalité française, ils sont trop souvent victimes du rejet raciste, de la relégation, de la discrimination. Le combat pour l’égalité des droits reste toujours à mener !

Le Mrap tient également à rappeler que le jour même où la France retrouvait la liberté, le 8 mai 1945, une répression terrible s’abattait en Algérie, sur la région de Sétif, parce qu’un drapeau algérien, symbole de l’indépendance, attendue et ainsi réclamée, était brandi au cours d’un défilé célébrant la victoire contre le nazisme. Il y eut alors des milliers de morts. Ces massacres préfiguraient ceux de dizaines de milliers de manifestants, perpétrés en 1947 à Madagascar par l’armée française.

En ce 8 mai 2015, alors que toutes les formes du racisme se banalisent, le Mrap tient à rendre un hommage solennel, pour le présent et pour l’avenir, à tous ces « oubliés de l’histoire » qui ont lutté pour que la devise Liberté, Égalité, Fraternité ne soit pas un vain mot. Et quel meilleur hommage que de poursuivre avec ténacité leur lutte pour une société plus juste, où l’égalité des droits deviendra une réalité, où le racisme sera enfin banni, où le vivre-ensemble l’emportera sur les peurs et les haines, où la coopération et la fraternité entre les peuples remplaceront le désir de conquête.

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