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Copie à revoir

La complexité croissante de ce monde, l’autonomie de plus en plus grande des travailleurs et la volonté de maîtriser son sort doivent nous conduire à de fortes ambitions scolaires.

Chaque réforme de l’école interroge cette fonction émancipatrice. Mais au fil des injonctions des différents ministres de l’Éducation nationale qui se succèdent, on peut légitimement s’interroger sur le sens profond des textes qui sont imposés et sur les processus qui précèdent les décisions, sans compter la fâcheuse habitude d’envisager de nouvelles préconisations sans évaluer les effets des précédentes.

Associer les enseignants, les parents, les élèves, les chercheurs à une réelle concertation sur les changements à opérer pour que l’école remplisse mieux son rôle nécessite de faire autre chose qu’un questionnaire à choix multiples, aussi long soit-il, et une demi journée d’échanges au sein de chaque établissement. Le temps de la démocratie est un temps long, sous peine de laisser aux « experts » le pouvoir de proposer et de décider.

Pour le gouvernement, cette façon de faire garantit la possibilité de passer à la moulinette de l’austérité les changements proposés de façon à ce qu ils n’engendrent pas de nouvelles dépenses publiques.

Mais plus grave que cela, à chaque réforme, le sentiment de ne pas être écouté grandit, comme grandit l’idée que quoi qu’il arrive, les acteurs du système éducatif n’ont aucun pouvoir sur les décisions prises. En adoptant une posture de contre-pouvoir, les syndicats risquent de renforcer aussi cette incapacité à ce que les acteurs du système éducatif se définissent eux-mêmes comme des lieux de pouvoir.

La grève du 19 mai aura de l écho. Mais faute de ne pas investir suffisamment le débat sur l’alternative ouverte par la visée du projet d’une école plus émancipatrice, moins inégalitaire, les idées réactionnaires et conservatrices sur l’éducation risquent d’avoir de beaux jours devant elles, à commencer par l’idée que tous les enfants ne sont pas aussi éducables les uns que les autres.

De ce point de vue reconnaissons que la conception du socle commun version Fillon a reculé au profit d’une conception plus ambitieuse d’un socle commun de connaissances et de compétences. Lorsque l’on sait que 50 % des parents souhaitent que leurs enfants poursuivent des études supérieures, il était temps de remettre en cause la vision d’un SMIC culturel pour tous et son corollaire selon lequel certains seulement pourraient accéder à des savoirs de haut niveau.

Pour autant la réforme proposée avec l’introduction des EPI (Enseignements pratiques interdisciplinaires) au détriment du temps consacré à l’enseignement des disciplines ne constitue en rien une solution au problème des inégalités scolaires. L’interdisciplinarité, au demeurant fort intéressante, est chronophage pour les enseignants, or aucun temps de concertation n’est prévu dans leur service.

Des injonctions nouvelles combinées aux difficultés quotidiennes du métier : ce cocktail explosif ne va pas résoudre non plus la crise de recrutement des enseignants.

Madame la Ministre, il faut revoir votre copie. Le mieux serait que les acteurs du système éducatif en soient les rédacteurs.

Sylvie Larue, le 15 mai 2015. Publié sur le site de Cerises.

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