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Notre-Dame-des-Landes : un rapport entre deux pistes

Photo : AFP

S’il invalide la plupart des alternatives à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, une étude d’experts remise aujourd’hui à Ségolène Royal juge le projet porté par Vinci surdimensionné et d’un autre âge.

Ni alternatives, ni quitus au projet : rendu public ce mardi, le rapport commandé par Ségolène Royal portant sur l’étude des solutions mises en balance avec la construction d’un aéroport à Notre Dame des Landes ondule entre deux vents. L’un tend à donner raison au gouvernement et aux partisans du chantier, en invalidant l’essentiel des autres options. L’autre tend à satisfaire ceux qui y sont opposés, en taclant le projet tel que le portent le groupe Vinci et la région des Pays-de-la-Loire, jugé « surdimensionné » et « fruit d’une conception ancienne ».
Les alternatives, d’abord. Certains parlaient de réorienter les voyageurs vers d’autres modes de transports, afin de limiter l’essor du trafic aérien pour les trajets courts et de rendre ainsi inutile la construction d’un nouvel aéroport. Difficile, dans un contexte « de libéralisation du transport » et « d’absence d’aide publique aux déplacements », relèvent les experts du Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD), qui ont néanmoins planché sur ce que pourrait donner, par exemple, un renforcement de l’offre ferroviaire vers Paris ou Bordeaux. Dans les deux cas, celle-ci perd l’avantage sur l’avion, soit en termes de coût pour l’usager, soit en termes de temps de transport, soit les deux, estiment les rapporteurs – le coût en termes d’émissions de CO2 et de consommation énergétique de chacun des deux modes n’a pas été calculé.
Pas retenue, non plus, l’idée de mettre en réseau les infrastructures aéroportuaires déjà existantes. Sur toutes celles que comprend le Grand ouest, trois, seulement, sont jugées suffisamment grandes et proches de Nantes pour pouvoir répondre aux besoins futurs de l’agglomération. Encore ne sont-elles pas sans inconvénients. Ainsi, le développement du trafic de l’aéroport de Saint-Nazaire, situé à proximité d’une zone industrielle classée SEVESO, « est une prise de risque peu acceptable », relèvent les experts. De façon plus globale, ceux-ci estiment que « la notion de réseau d’aéroports pourrait être pertinente dans une logique de délivrance administrative d’autorisations de liaisons ». Sauf que celle-ci n’est pas « compatible avec la libéralisation du ciel européen ». Pas compatible, non plus avec les objectifs d’essor économique : « Pour une région dynamisée par le développement de la filière de construction aéronautique, il y a une sorte de paradoxe à brider la croissance en ne permettant pas le plein effet de la concentration de la clientèle en un point unique », concluent les ingénieurs, balayant là l’une des alternatives phares portées par les opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.
Reste que ces derniers trouvent également de quoi nourrir leurs arguments à travers ce rapport. D’abord, parce que celui-ci n’exclue pas totalement que l’actuel aéroport de Nantes Atlantique puisse répondre, seul, aux besoins induits par l’augmentation envisagée du trafic (on parle de 6 millions de passagers en 2025). Toutefois, « dans l’hypothèse d’un maintien de l’activité à Nantes Atlantique, l’agrandissement et la modernisation de l’aéroport rendront indispensables la révision du plan d’exposition au bruit, (…) régulièrement reculée par la perspective du départ de l’activité commerciale vers Notre-Dame-Des-Landes ». Les questions de bruit resteront quoiqu’il en soit « très prégnantes », avertissent les experts. Lesquels n’adoubent pas pour autant le projet de nouvel aéroport à Notre Dame des Landes. Celui-ci « apparaît surdimensionné ». En cas de maintient, son redimensionnement, ainsi que le réajustement de ses coûts seraient souhaitables : « Plutôt d’un projet à deux pistes de 3.600 m, dont l’une à 60 m de largeur, qui était celui d’un aéroport à vocation intercontinentale, la mission suggère de retenir un projet à une seule piste de 2.900 m de longueur et 45 m de largeur. » Ainsi construite, l’infrastructure serait « suffisante pour les besoins d’un trafic essentiellement intra-européen, au-delà de 9 millions de passagers », jugent les experts. L’infrastructure ainsi conçue permettrait en outre de limiter l’impact sur l’environnement et l’emprise sur les terres agricoles, ainsi que les coûts relatifs au foncier. »
Très logiquement, les commentaires qui accompagne la publication du rapport oscillent tout autant que lui. Pour Manuel Valls, l’étude « valide la pertinence du transfert de l’aéroport de Nantes sur le site de Notre-Dame des Landes » et offre  une contribution utile pour éclairer les citoyens qui seront appelés à se prononcer pour ou contre le projet (…) lors du référendum local, qui aura lieu en juin prochain. » Pour la Fondation Nicolas Hulot, tout au contraire, le rapport « permet deux conclusions. D’une part, le projet existant, qualifié de surdimensionné, doit être définitivement abandonné » au profit du réaménagement de l’actuel aéroport. « D’autre part, l’inanité d’une consultation locale telle que le gouvernement la prévoit est prouvée. Quel sens aurait une consultation qui propose de se prononcer par oui ou par non sur un projet irréaliste ? »
Le référendum sur le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes est prévu le 26 juin a annoncé hier Ségolène Royal. La question sera: souhaitez-vous le transfert de l’aéroport vers Notre-Dame-des-Landes?
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