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Un mois de mars sans fin ou l’art de tenir debout.

Editorial printemps 2016 par Laurent Eyraud-Chaume

Nous étions nombreux à attendre une étincelle, le début d’une réponse à cette vague néo-libérale et sécuritaire. A la suite de la mobilisation contre la loi travail, Les initiateurs des “Nuits Debout” (ND) étaient porter par un double désir : construire la “convergence des luttes” et ainsi “leur faire peur”. Ces objectifs partent d’un constat simple : nous sommes émiettés et nos luttes parcellaires ne leur font pas peur… Les premiers noctambules de la place de la République ont mis sur la table un troisième objectif qui est aussi “comme un vide à combler” : nous devons nous parler et construire ensemble au delà de nos appartenances, de nos choix individuels.

4901836_6_49ae_2016-04-13-0238b0e-28602-18u9sbu_c04160cfc8d5d26ee79dddbdd3304510Avant dans répertorier les limites, nous devons faire un constat implacable : le succès des ND (mais aussi du vaste mouvement contre la loi travail) est une incontestable bonne nouvelle politique ! Le FN est hors sujet. Le gouvernement est poussé dans ses retranchements. Les places publiques deviennent des agoras. Une génération se politise en appliquant une démocratie radicale. Les “grands” partis et leurs primaires sont ringardisés. Les valeurs de partage et d’hospitalité sont au coeurs des débats. La poésie et la créativité se réinvitent dans le champ politique. Et tout ceci en à peine un mois ! Ne boudons pas notre plaisir.

Dans notre département, les ND ont rassemblés des militants de toutes origines et des citoyens en quête de solutions et d’actions. Les premières décisions sont tournées vers la convergence des luttes (avec un soutien aux migrants par exemple…) et la volonté d’agir au plus près des gens avec pas moins de 4 ND sur notre département (Gap, Veynes, Embrun et Briançon) et une assemblée dans le quartier Beauregard.

Pour tenir debout, il faudra pourtant trouver les ressorts pour gagner un marathon et non un sprint ! Les pièges des ND sont ceux liés à toute nouveauté attendue depuis longtemps : se contenter du plaisir de l’invention et des retrouvailles, ne pas situer ce mouvement dans un moment historique plus vaste. En clair, les ND peuvent tourner à l’entre-soit et se contenter de la joie retrouver de la délibération. Les participants sont conscients de cet obstacle, les “Banlieues Debout” sont déjà un début de réponse.

images (1)Un autre danger est aussi de perdre de vue l’objectif central de faire retirer la loi Travail et de faire converger les luttes. Le lien avec les mouvements syndicaux doit être renforcé et la journée de grève du 28 avril doit être un grand moment de mobilisation pour faire plier le gouvernement. Cette journée est aussi un outils fabuleux pour élargir les participants aux ND et ainsi ancrer la soif d’alternative dans l’esprit du plus grand nombre.


C’est bien d’alternative dont il s’agit, d’alternative au système capitaliste. Laurent Joffrin rêve à voix haute dans un de ses éditoriaux (Libération du 16 avril) en décrivant les ND comme un mouvement qui ne souhaite pas prendre le pouvoir et dont les avancées tangibles pourraient être la mise en place d’un revenu de base et l’instauration d’un zeste de tirage au sort lors des élections locales. S’il est bien difficile de prédire l’avenir de ce mouvement à la fois uni et divers, il faut parier sur sa sereine radicalité. Le rejet des partis politique n’est pas le rejet de la politique. Chacun tire les leçons des révolutions arabes et de leurs confiscations, des mouvements Occupy et des inventions politiques qui ont suivies les places indignées espagnoles et grecques. Chacun sait que l’addition d’alternatives locales ne suffit pas, pas plus qu’une grève générale ou une victoire électorale. Parions sur la capacité du mouvement ND a unir ces 3 nécessités politiques (alternatives concrètes, luttes émancipatrices et batailles électorales.) et ainsi faire mentir Laurent Joffrin. En effet, il est urgent d’inventer une réponse radicalement démocratique aux crises que nous vivons (écologique, sociale et institutionnelle). Les temps électoraux ne sont qu’une des armes à notre disposition pour faire reculer la finance et un pouvoir tenté par les solutions sécuritaires.

Laurent Eyraud-Chaume

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