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Notre Buëch, leurs priorités…par Laurent Eyraud-Chaume

Le dossier semble presque clos et pourtant… Les communes de l’ensemble du Buëch peuvent donner leur opinion sur le périmètre de leurs intercommunalités et déjouer les projets de certains élus. Le projet, en cours de validation, réuni d’une part la CC du Buëch Dévoluy (autour de Veynes) et celle du Haut-Buëch (autour d’Aspres-sur-Buëch), avec la volonté à terme que cette nouvelle entité rejoigne l’agglomération gapençaise et d’autre part le reste du Buëch (Serres, Rosans, Laragne, Orpierre…) et le sisteronnais.

Les différents élus locaux et les médias s’attardent sur les guerres de barons locaux et entre préfecture du 04 et du 05 et sous cet éclairage tout semble être une grande braderie de frontière et d’impôts locaux. L’enjeu du développement territorial et de la démocratie locale semble les grands absents de ces débats.

Un peu d’Histoire et d’analyse des orientations de la décentralisation à la française peuvent éclairer les défaites du présent et permettre de nous projeter dans l’avenir.

Le Buëch (ou Grand Buëch comme beaucoup le nomme à présent) est un territoire géographique cohérentune autour d’un rivière qui s’étend de ses 2 sources (Rabou et la Jarjatte) à son embouchure à Sisteron. La voie ferrée et la route nationale sont les 2 autres colonnes vertébrales de cet espace naturel globalement préservé. Les massifs du Dévoluy et du Beauchêne surplombent un territoire entre provence et alpes. Depuis près de 30 ans, des acteurs de différents secteurs aidés par des financements publics tentent de faire vivre une cohérence territoriale. Mis à part le Sénateur Pierre-Bernard Raymond et quelques maires du territoire, ces démarches ne seront que “vaguement” soutenues par les élu-e-s locaux. Nous pouvons citer “l’école de musique des Pays du Buëch”, la mise en réseau des offices du tourisme, le traitement des rivières, celui du patrimoine, la mise en réseau des acteurs culturels, le projet Quasar, le réseau des MJC etc…

Différents dispositifs publics impulsent des réflexions et des dynamiques comme les projets Leader 1 et 2 à l’échelle d’un vaste territoire. C’est différents dispositifs sont autant le fruit d’une unité culturelle que d’une volonté de mutualisation. En effet depuis des décennies les intercommunalités du Buëch (7 au départ…) n’atteignent pas la taille critique qui leur permetrait de développer des projet ambitieux et d’envergure professionnelle. Les différents acteurs du développement territorial ont coutume de dire que “le Buëch a 20 ans de retard”…

Quand, à la fin des années 90, la loi Voynet est votée et invente des territoires de projet, beaucoup pensent qu’un “Pays du Buëch” sera créé. Hors les élus de l’époque qui se nommaient (par exemple) Daniel Chevalier ou Henriette Martinez (déjà…) explique que c’est impossible car dit l’un “il faut prendre en compte les bassins de vies” alors que l’autre réplique “Il faut tenir compte des bassins économiques”. Un pays gapençais et un pays siteronnais sont créaient autour de la question centrale “où allez vous faire vos courses?”. Le discours de l’époque est déjà à l’adaptation des collectivités locales aux contraintes du marché et au recul des services publics en milieu rural. L’absurdité de ces nouvelles “frontières” est atteintes avec le Haut-Buëch rattaché à Sisteron…

Les acteurs continuent pourtant leur travail en réseau à l’échelle du Grand Buëch et les conseils de développement des 2 pays et la député de la circonscription financent même des études à cheval entre les 2 pays. L’exemple de la culture est d’ailleurs emblématique des différentes échelles de réflexions. Alors que les acteurs du territoire et de nombreux élu-e-s pointent en 2014 la nécessité d’un équipement culturel pour l’ensemble du sud des Hautes-Alpes, les mairies de Veynes et de Laragne prévoient leur propre “théâtre” sans aucun projet artistique ni ligne de financement régionale ou nationale. Il est par exemple savoureux de noter que ni Sisteron ni Gap n’ont besoin d’une nouvelle salle de spectacle.

Le Grand Buëch va rencontrer un nouvel obstacle : le gouvernement décide de vider lentement les départements et les communes de leurs compétences et de leur financement pour donner un rôle nouveau au intercommunalités. Les Communautés de Communes seront prioritaires sur les aides publics notamment en terme d’aménagement du territoire et de développement économique. La loi NOTRE est pensée pour la mise en concurrence des territoires et d’abord pour les grandes agglomérations. Le monde rural et la démocratie locale sont de nouveau les grands absents des débats. C’est une échelle de collectivité dont les élu-e-s ne sont pas directement élu-e-s par la population, financé par un des impôts les plus injustes et qui semble être une machine à dessaisir les citoyens. Qui connaît son président de CC alors qu’il a, à présent, plus de pouvoir que son maire ? Cette nouvelle loi participe d’une part à adapter un peu plus les collectivités au service d’intérêts économiques et d’autre part à éloigner le citoyen des décisions qui le concernent.

Pour notre territoire du Buëch c’est une attaque frontale : il n’a pas de capitale urbaine et aucun soutien chez les “grands élus”. De plus les enjeux politiques sont cachés par des calculs politiciens autour de vice-présidences à partager et de taux d’imposition. La logique d’accumulation et de centralisation du système capitaliste sont au coeur de tous les documents, ainsi dans le SCOT du gapençais Veynes est un “pôle d’équilibre” de la commune de Gap. Le projet a terme étant d’offir à Gap des zones pavillonnaires et des zones industrielles…

L’axe central de notre réflexion devrait être “Dans quel monde souhaitons-nous vivre ?”. Le monde rural peut être le lieu d’une convergence d’alternatives à inventer : relocalisation de l’activité, lien social et démocratique revivifié, réinvention de services publics à taille humaine,  défense et valorisation de l’environnement…

C’est bien une véritable confrontation politique de fond qui se cache derrière les “petites magouilles entre amis”. Les maires des petites communes et leurs conseillers municipaux sont exclus des débats, l’un d’entre eux disait en réunion “Ils nous prennent pour des enfants !”. Les citoyens qui rêvent d’un autre monde et tentent de le construire ne doivent pas se détourner de ces débats. En sortant des écrans radars des financements publics le monde rural, les périmètres des intercommunalités marqueront pour longtemps un choix de société comme le traité constitutionnel enferme l’Europe dans l’ultra-libéralisme. Le monde rural mérite mieux que de devenir la banlieue dortoir d’une hyper-urbanité en mal de superficie…Le Buëch, son Histoire et son présent, ses habitant-e-s et ses élu-e-s, méritent un vrai débat autour de l’avenir de leur territoire. Les maires auront t’ils le courage de mettre sur la place publique tous les éléments du débats ? Il est très tard bien-entendu…mais mieux vaut tard que jamais.

Si le périmètre proposait est appliqué, il restera à chacun-e la possibilité de construire au delà des périmètres légaux des projets alternatifs, créateurs d’emplois et de vivre ensemble. Il restera à chacun-e l’élection de 2020 pour porter des élu-e-s capables d’inventer un territoire à échelle humaine.

Laurent Eyraud-Chaume.

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