A la une

L’Habitat participatif : Une idée radieuse. 1ère partie.

Que veulent les êtres humains, par essence êtres sociaux, dans l’habiter ? Ils veulent un espace souple, appropriable, aussi bien à l’échelle de la vie privée qu’à celle de la vie publique, de l’agglomération et du paysage. Une telle appropriation fait partie de l’espace social comme du temps social. » Henri Lefebvre

C’était en béton armé que le bonheur collectif était pensé au sortir de la seconde guerre mondiale. La “Cité Radieuse”, construite pour la morphologie humaine sur les bases du nombre d’or et de la Suite de Filbonacci, calculée par le quotient de sa taille (1,83 m) par la hauteur de son nombril (1,13 m) qui est de 1,619… Le Corbusier et ses confrères, et sur commande de l’Etat, ouvrirent une voie qui allait définir l’habitat commun pour plusieurs générations. Une cité radieuse aux jours heureux pour trente glorieuses… Mais le temps des utopies, des poètes comme des architectes, n’est pas le temps politique et si la cité première à Marseille est préservée comme monument historique, ailleurs la ghettoïsation a eue raison du bonheur sur le papier.

Capture2Cité des Brouillards-Quartier de Chennevières à Saint-Ouen l’Aumône dans le Val d’Oise

Pour autant la philosophie de l’habitat d’ensemble comme vecteur de mixité sociale et de contraintes partagées dans un espace protégé au mieux des aléas de la nature et de la proximité des activités humaines aussi bien économiques que culturelles, reste un moteur impCapture7ortant dans le choix individuel de son « lieu de vie ». Cependant cette mixité reste diversement « acceptable » selon la capacité de chacun d’en définir les modalités. Plus on a le choix plus la tentation est grande d’y mettre ici une barrière, là un portail opaque ou un mur de pierre… .

La mixité sociale: l’un des enjeux primordiaux de  l’habitat coopératif

L’effondrement des grandes idéologies de masse au début des années 80 a laissé place à une défiance envers toutes les formes de pouvoir vertical. Il fallait de la foi, il n’y en a plus et pourtant… L’urgence écologique et l’absolue nécessité de paix dans la société à générer un mouvement ou plutôt un flux de mouvements qui pense l’utopie non plus comme un rêve auquel il faudrait une adhésion globale mais comme une forme d’action réelle qu’on pourrait résumer par « créer c’est résister… Ici et maintenant ». C’est ce que le philosophe Miguel Benasayag décrit comme une action « intensive » alternative à la résistance traditionnelle de masse. Elle ne s’y oppose pas mais elle s’en exonère.

C’est ainsi que des groupes de femmes et d’hommes, socialement divers, mais partageant des valeurs sociales, écologiques et solidaires, ont décidé non pas de vivre ensemble mais de faire ensemble l’habitat commun autour de la maison de chacun. De s’en rendre propriétaires et surtout collectivement gestionnaires à partir des lois d’accession existantes d’abord en les aménageant, en « bricolant » ce que le ministre Chalandon en 1971  avait fortement restreint. Depuis 2014, la loi ALUR, proposée par la ministre Duflot a largement contribuée à faciliter le montage de projets qui se multiplient sur tout le territoire.  

Capture16 familles des Hautes-Alpes pour un projet commun : L’éco-hameau des Allouviers à Romette.

Contrairement aux expériences dites de « retour à la terre » comme la communauté Longo-Maï, l’habitat coopératif ou participatif s’inscrit, s’insère, dans la ville, le bourg, le village au même titre qu’un quartier comme un autre. Généralement constitué par une SCIA* réglementant la vie intérieure du quartier ou de l’immeuble, les habitants n’en sont pas moins des citoyens lambda qui ont leurs vies, leurs métiers, leurs habitudes. Mais au lieu de rechercher le meilleur portique de sécurité ou encore le meilleur rapport qualité-prix des caméras de surveillance… C’est dans la recherche des matériaux écologiques, le mieux-disant énergétique et la création d’espaces communs à la fois de rencontres mais aussi de mutualisation de certaines activités (buanderie commune, co-voiturage etc…) que leurs efforts vont aller.

Niche économique ou bien réelle alternative sociale ?

Si on se réfère à des acteurs de la promotion de cette nouvelle forme d’accession à la propriété comme Habitat-Coop, il s’agirait là de répondre à la crise du logement en permettant à des ménages modestes d’investir par un système de parts des lieux d’éco-habitation. Tout est relatif disait l’ami Albert ! Le prix du mètre carré reste le même et le coût des matériaux isolants bio-sourcés reste élevé. Ce qu’on va gagner en faisant beaucoup par soi-même on le perdra par l’autre bout. Mais à prix égal d’une maison individuelle, il y a quand même une qualité humaine et écologique ajoutée incomparable. Si la loi ALUR facilite le rapport avec les banques, celles-ci restent malgré tout très frileuses. Quitte à investir dans une maison à 100 000 euros autant que ce soit dans cette forme là d’habitat qui aura l’avantage, un rien contradictoire certes avec la philosophie libertaire induite, de gagner en valeur ajoutée en cas de revente des parts qui représentent dans ce modèle une véritable épargne. On peut donc bien parler de réelle alternative sociale mais dans la mesure de la solvabilité minimum bancaire des acquéreurs. Cependant, cet apport ne représentant que 20 % de la valeur du logement, c’est effectivement une opportunité pour des primo-accédants. Le reste étant versé sous forme de redevances mensuelles, en principe, qui équivalent le montant d’un loyer traditionnel. Il existe des variantes où la part de travail de chacun dans le projet peut s’échanger en part de propriété. Ce n’est certes pas spécifique à ce modèle mais c’est un terrain plus favorable.

Capture5

Tableau du site Habitat-Coop

Trois valeurs fondamentales : démocratie-propriété collective-déconnexion du marché.

C’est en tout cas le triptyque défendue par les promoteurs de ce modèle. Pour la démocratie c’est une personne=une voix quelque soit la surface du bien acquis  qui est effectivement le principe  des décisions prises dont est plus souvent requis le consensus que le vote. L’originalité de ce principe démocratique tient dans le statut des coopérateurs… On n’achète pas la maison. On est donc « locataires des logements dont la coopérative est propriétaire et payent chaque mois une redevance, dont une fraction peut leur permettre d’acquérir de nouvelles parts sociales. En tant que propriétaire, la coopérative finance, par l’emprunt, le projet de construction/réhabilitation de l’ensemble des logements et espaces communs et perçoit les redevances mensuelles des coopérateurs lui permettant de s’acquitter de ses charges. Elle assure une gestion durable de son bâti par une provision pour grosses réparations et gros entretien. De plus, une provision pour vacances et impayés de loyer permet de sécuriser le projet. » (source Habitat-coop). On est, au bout du compte et selon la loi du code de la construction n°2014-366 du 24 mars 2014 – art. 47 associés dans une démarche citoyenne d’habitat participatif et, à ce titre, également gestionnaire de tout ce qui est collectif.

On dénombre aujourd’hui, en France 121 projets d’habitat participatif aboutis. 125 sont à l’étude et 62 autres en cours de construction. La reconnaissance juridique de cette forme d’habitat étant récente il est difficile d’en tirer un bilan exhaustif. Mais on peut déjà parler d’impact positif pour les filières  de construction écologique et notamment des entreprises locales aux projets.

Dans les Hautes-Alpes ce sont 3 projets d’”habitat participatif”  qui ont vu le jour : à Briançon, Gap et La Roche des Arnauds. Cinq autres sont en cours d’études.

Éco-Hameau des Allouviers sur la commune de Romette : un exemple remarquable.

DSC_0006L’éco-Hameau des Allouviers à Romette dans les Hautes-Alpes

Projet initié en 2012 par 11 personnes avec leurs enfants, l’éco-hameau des Allouviers est en passe d’aboutir fin juin 2017. Les 6 maisons plus une commune pour les amis, les contributeurs au financement participatif, seront remplis de la joie de ses « habitants constructeurs ». Toits solaires, mélèze, grandes baies vitrées, matériaux bio-sourcés et adaptés au climat local, les maisons des Allouviers  bâties sur près de 4800 mètres carré de terrain acheté à la commune de Gap s’insèrent parfaitement dans le paysage et le style du hameau. Le village à proximité de Gap est desservie par une ligne de bus gratuits et la route reliant la ville est idéale pour les cyclistes. C’est un projet péri-urbain qui a été pensé par l’association « Les toits dans le vent ».

Capture6Les « 11 » au boulot !

Les « 11 » âgés de 27 à 59 ans plus les enfants, sont très loin de l’image « bobo » qu’on pouvait imaginer il y a quelques années attelée à ce genre d’aventure humaine. Amoureux de la nature et ancrés dans le territoire, il leur aura fallu 5 ans pour mener à bien le projet qui aura coûté globalement deux millions d’euros. Une charte à valeur juridique a été élaborée pour organiser les espaces communs. « Ce sont des maisons bioclimatiques, ouvertes  au sud et protégées des vents dominants » construites à partir de matériaux de la région et avec les savoir-faire d’entreprises locales. L’éco-hameau pourrait bien représenter plus qu’une alternative et servir de modèle exemplaire pour repenser certains quartiers de la région dans les années à venir.

Leo Artaud

Les adresses :

-Coordin’action Nationale des Associations d’Habitat Participatif


La Fonderie – 23 rue Jean Bleuzen – 92170 Vanves

Sur le web : http://habitatparticipatif.eu

– HABITAT-COOP (Fédération Française des COOPÉRATIVES D’HABITANTS)


C/o Locaux Motiv 10 bis rue Jangot 69007 LYON-Tél : 09 72 29 36 77 
Permanences les lundi, mardi et jeudi de 9h à 12h

-Courriel : info@habicoop.fr Sur le web : http://habicoop.fr

-Association « Les toits dans le vent » Éco-Hameau des Allouviers   

-Courriel : pierre.marty05@orange.fr Sur le web : http://lestoitsdanslevent.wordpress.com

– « Graines de Toits » Association pour la promotion de l’habtitat participatif dans les Hautes-Alpes.

Courriel : grainesdetoits@gmail.com Sur le web : http://grainesdetoits.jimdo.com

 

Publicités

Nous soutenir pour développer et embellir Alp’ternatives !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :