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Cette insurrection qui ne vient pas…tribune de Leo Artaud

La présidentielle 2017 c’est d’abord un chiffre :14 693… C’est le nombre de parrainages obtenus par les 61 candidats à l’élection présidentielle. Cela représente 31,26% de participation de élus à cette opération de parrainage censée limiter et éviter les candidatures « fantaisistes »… C’est ainsi que le législateur, depuis 1965, avec quelques réformes de ce système sélectif et, in-fine, électif, de temps à autres, détermine qui est « fantaisiste » et qui ne l’est pas. Il est donc moins fantaisiste pour ce corps déterminant d’être mis en examen, de refuser de répondre aux injonctions de la justice, que d’être porté par des mouvements citoyens, par exemple. C’est ainsi que seront écartés des candidats qui avaient pourtant pignons sur media et rassemblés des milliers de citoyens pour porter leur candidature. Ce fut le cas notamment pour Nicole Marchandise, victorieuse d’une primaire citoyenne et Alexandre Jardin, candidat d’un mouvement qui rassemble plus d’adhérents que bien des partis institués.

Le généticien et non moins penseur, Albert Jacquard, disait à propos des grandes écoles et dénonçant le « tout compétition » dans la société « on est en train de sélectionner les plus conformes, c’est-à-dire les plus dangereux, parce que dans le monde qui change ils ne seront pas capables d’imagination ». (https://www.youtube.com/watch?v=9v9updAv018). Rien ne semble plus vrai dans cette élection présidentielle. Outre l’odieuse abstention de deux tiers des élus de la République dans ce « premier tour », les 11 sélectionnés, pas tous fantaisistes certes, avec quelques petits porteurs d’eau, ne dépareillent pas foncièrement des scrutins passés. Le ronron habituel d’une course à l’échalote bien rodée avec ses dérapages, ses tricheries, ses dépassements intempestifs parfois, ses pannes et ses virages serrés qui donnent ce résultat : un chantage d’un quart de l’électorat du vote « utile » contre le danger d’un cinquième de ce même électorat.

Mais l’étau se resserre…           

 Le capitaliste bien cintré dans son costard impeccable bleu pétrole peine cette fois de s’assurer le report de voix devenu, à ses yeux, coutume. Lui qui joue des peurs collectives et légitimes du fascisme pour gagner et instaurer une politique qui n’en finit pas de faire monter ce même fascisme, ne parvient pas aussi aisément qu’auparavant a faire le grand écart d’emblée. Les élections régionales de 2015 auraient dû, normalement, alerter le législateur que sa belle mécanique à mouvement libéral perpétuel avait des ratés.  Mais voilà… Si conforme à lui-même il manque d’imagination et nous offre sur un plateau d’argent massif ou le capitalisme à outrance ou le fascisme décérébré (et vice-versa).

Au moins 3 des 11 candidats proposaient une nouvelle république plus démocratique avec quelques nuances sur la constitution, mais pour deux d’entre eux, il a s’agit de  tendre vers un régime parlementaire couplé par une philosophie de « démocratie participative » fondé sur les valeurs fondamentales actuelles de la République. Au final, ils représentent un bon quart de l’électorat mais suffisamment désunis pour perdre l’accession du premier tour du suffrage universel. La question de l’Europe  pour les uns et l’appartenance au parti le plus menteur et le plus roublard de l’Histoire de la république française pour les autres servirent de prétexte pour acter la division mortelle. En réalité, c’est bien d’une joute fratricide tant ils furent complices dans leur histoire, que les deux leaders d’opinion doivent leur incapacité d’offrir « le bonheur des gens » inscrits dans leurs programmes respectifs. Les communistes et les écologistes, autrefois forces d’arbitrages et de pression, ne se donnèrent cette-fois-ci même pas la peine d’entrer dans le jeu autrement qu’en l’observant et prenant parti pour l’un ou pour l’autre sans autre forme d’alternative. Mais pouvaient-ils faire autrement ?

Chantage trop éculé et divisions puériles…

Le 24 avril 2017, au matin, c’est confirmé : Emmanuel Macron porté par un quart de l’électorat reste en lice face à Marine Lepen portée par un cinquième… . Voilà le résultat d’un premier tour d’élection au suffrage universel pour lequel 67,74% des élus de la République se seront abstenus de participer en refusant de donner leur parrainage… et pour lequel 31,26% n’auront, finalement, choisis que 11 candidats suffisamment conformes à eux-mêmes pour manquer d’imagination et s’achevant sur un duel minable. « Elle n’a plus ni queue, elle n’a plus ni tête, la démocratie réduite à la plus simple expression de l’opinion ». Même additionnés, les scores de deux finalistes donnent un résultat minoritaire ! La cinquième est morte et même pas « vive la cinquième !»  tellement elle a été détournée de son sens et relève aujourd’hui plus de la pataphysique sans l’esprit ni l’humour mais où il reste bien la dérision et l’absurde.

Rien ne va plus ! Ne faites pas vos jeux !

Serait-il, dans ce marasme, antidémocratique au quart de l’électorat qui aspira à la constitution d’une 6ème république de se défier d’un jeu aux dés pipés et d’entreprendre, malgré les divisions, cette refondation devenue incontournable ? Les élections législatives, bien sûr, devraient être un moment favorable pour s’engager enfin dans cette insurrection qui ne vient pas. Mais le calendrier électoral ne laisse que peu de doute sur le résultat tant il est lié par la dynamique de la présidentielle.  Les écuries présentes à cette dernière sont déjà entrées dans des négociations boutiquières où chacun y va de sa vérité, tellement victorieuses de leurs défaites respectives. Et quand bien même les forces prônant cette nouvelle république l’emporteraient, quelles chances auraient-elles sans créer de crise institutionnelle d’y parvenir par la seule voie législative ? En réalité aucune ! Le tombeau de la Cinquième république est bien hermétique et les rares fêlures qui permettent aux Lumières de s’y infiltrer ne  laissent rien se lézarder. Faut-il pour autant se résigner à que tout reste pourri au royaume de France? Les élections législatives, contrairement à la présidentielle, sont ouvertes sans parrainages et laissent la possibilité aux mouvements citoyens écartés de revenir par la petite porte de la maison du Peuple. Leur particularité est d’avoir tous, quels que soient leurs noms, travaillés localement sur les questions démocratiques… Quel meilleur terreau alors pour envisager non seulement qu’ils entrent au parlement mais également qu’ils servent de 1èreconstituante si cher à Jean-Luc Mélenchon et aujourd’hui nécessairement désirable pour Benoît Hamon ? Et si le maitre-mot de cette élection législative était : La 6ème république c’est maintenant !

Leo Artaud

(Alp’ternatives ouvre ainsi le débat sur l’alternative politique à construire du local au national. N’hésutez pas à envoyer des contributions via alpternatives@gmail.com )

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