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« Engagé ? » chronique des 4 jeudis #4

Alors que vient le moment de réfléchir à nos prochaines créations, même si il y a aujourd’hui une certaine sérénité dans nos processus de créations, vient toujours le moment où l’on revient sur notre rapport à l’engagement et sur la “case” dans laquelle on nous enferme …

La semaine dernière nous racontions la “coopérative” à la Palmyre (oui effectivement, il y a pire comme lieu de représentation…). Notre accueillant du jour précise dans son mot d’introduction que nous sommes une compagnie “engagée”. Le spectacle se termine et comme souvent un échange est prévu avec le public. Un vieux monsieur prend la parole, apparemment en colère : “C’est sympathique votre spectacle mais ce n’est pas du théâtre engagé !”.

C’est un quiproquo récurrent et les réponses sont déjà prévues dans ma tête : “Nous ne disons jamais que nous faisons un théâtre “engagé” et d’ailleurs on a pas besoin d’être engagé puisqu’on a jamais été dégagé” (La dernière formule n’est pas de moi mais a été honteusement volé aux Fabulous toulousain…) La réponse est charmante mais je cherche un peu mes mots pour aller plus loin sans refaire l’histoire du théâtre.

Je ne saurais parler pour mes camarades de compagnie, moi je suis arrivé là par hasard. Au départ je devais être champion du monde de foot mais un asthme récurrent a douché mes projets enfantins. L’année de mes 11 ou 12 ans, en août, en colonie de vacances CCAS, je découvre les bisous avec la langue et le théâtre. En septembre, alors que les inscriptions sont closes, ma mère insiste auprès de l’atelier théâtre de la ville de Gap : “vous comprenez il est asthmatique et il était prévu qu’il soit champion du monde de foot !”. Je découvre que j’aime jouer et faire rire. C’est pour le moins valorisant. Ce n’est pas le vélodrome mais mon ego est rassasié. Dans la même période, je deviens militant mais je ne comprendrais que bien plus tard qu’il y a des liens entre le théâtre et la pensée, entre le récit et le réel…(j’ai écrit quelques lignes à ce sujet pour la revue Kritiks).

Je ne sais pas vraiment ce qui relève du choix et ce qui vient du hasard. J’ai pris du plaisir à parler de communisme dans “l’héritage”. Il va sans dire que ça n’aide pas vraiment à sortir de la case “théâtre engagé”. J’ai l’impression que le monde artistique a créé un “label” (de plus) : engagé ! Je ne comprend pas vraiment. Quand j’évoque ces sujets en public, comme la semaine dernière, j’ai l’impression de faire des phrases banales qu’on entend souvent sur France Inter : “Nous apportons plus de questions que de réponses…c’est au spectateur de faire ses choix…”.

Pour être vraiment honnête, j’ai 2 obsessions quand  je participe à l’écriture d’un spectacle : comment changer le monde et que va en penser ma mère ?

Bon d’accord, c’est un peu résumé. J’ai appris avec le temps qu’un spectacle seul ne change pas le monde et que ma mère n’est pas réellement un public “lambda”. En fait, nous cherchons ce qui nous travaille et travaille la société. Les espaces de frottements où l’intime et le commun bougent dans un même mouvement. Ces lieux cachés sont pour nous des outils merveilleux pour faire théâtre et des révélateurs de possibles en chemin.

Quand nous répétons nous pensons à ceux de notre quotidien (amis, voisins, familles…) : vont-ils être touchés? Que vont-ils comprendre ? Est-ce-qu’ils passeront un bon moment ? Jouer chez nous est d’ailleurs un passage obligé d’une grande complexité. Notre appréhension est grande car c’est sans doute à partir d’eux que l’on écrit, à partir et pour “eux”.

C’est sans doute cela notre engagement : choisir pour qui l’on crée nos spectacles. Trop souvent, les compagnies sont empêtrées dans un jeu de rôles et se retrouvent à créer pour le “directeur” du théâtre, pour leurs “paires” ou, pire encore, pour eux-même (ou pour l’Histoire du Théâtre, ce qui est la même chose…). Je crois que, pour l’instant, nous n’avons que peu ce genre de penchants. Nous sommes isolés dans nos montagnes et les “directeurs-trices” qui nous font confiances le font pour ce que nous sommes…

Disons que nous faisons un « théâtre politique né du réel » ? La case n’est pas vraiment prévue et il va sans dire que ce serait une nouvelle case…

J’ai en tout cas l’impression que c’est peut-être un questionnement de “pauvre” ou d’artistes “pas du milieu”… que de vouloir répondre sans cesse à ce genre de questions. C’est peut-être aussi un réflexe de riche que de mettre les compagnies qui parlent de la réalité des classe populaires dans la catégorie “engagée”…ça doit sans doute les rassurer : “ce n’est pas vraiment de l’art si c’est engagé ?”.

Laurent Eyraud-Chaume

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1 Comment on « Engagé ? » chronique des 4 jeudis #4

  1. Le théâtre engagé est celui qui a un contrat d’engagement 😉

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