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« Paysan »

chronique des 4 jeudis #11 par Laurent Eyraud-Chaume.

“Il viennent de très loin, ils viennent d’avant, ils viennent d’un pays paysan.

Mon enfance était une terre miraculeuse. Le soir, mes rêves deviennent missions, mes buts deviennent quasiment la réalité au cœur de nuits enfiévrées. J’ai eu milles vies, autant de métiers qui me tenaient debout des jours entiers. De toutes ces traces quantiques de possibles inaboutis, je n’arrive pas à me défaire de mon désir paysan.

téléchargement (2).jpegPasser à la CREA (coopérative agricole qui vend toute sorte de matériel à Gap…) pour faire une course pour l’apicultrice qui partage ma vie, devient une madeleine de Proust doublée d’une machine à changement d’orientation. Finalement acheter un terrain faire du maraîchage, ouvrir un gîte, avoir 2 ou 3 chèvres, 4 ou 5 moutons, 1 ou 2 vaches est peut-être à portée de main… pas plus précaire que le théâtre. Et si j’allais à la Safer voir les propriétés à vendre…

C’est presque risible quand j’y repense pourtant cette sensation précise qu’il me manque les mains dans la terre, le rythme des saisons et le plaisir du concret n’est sans doute pas si anecdotique que ça.

J’ai grandi “en ville” mais je m’évadais dès que possible chez ma grand-mère. Je noircirai un jour des dizaines de pages pour décrire tout ce qui m’attirait là-bas, au Cros de St Laurent. Ma mère a toujours était comme une paysanne déracinée. Nous vivions au rythme de notre relation à cette ferme, placée-là, à 15 minutes de chez nous : l’arrivée des poussins, ramasser et vendre les framboises, remplir des sacs de patates, nettoyer les lapins. Les rituels étaient nombreux et immuables…enfin ils semblaient immuables. J’étais là quand le camion a emmené le meilleure laitière, quand la grange commença à se vider, quand il fallu faire « comme-ci » nous pouvions vivre sans… sans le bruit du tracteur, sans l’odeur des foins, sans la vie profonde de la terre qui respire dans nos mains.

“Un jour, ou bien un autre, quand la vie m’aura pris toutes mes certitudes, j’irai les écouter, j’irai me reposer, à la l’ombre de la patience des anciens.”

J’ai vite compris que je ne serai pas paysan. Je garde pourtant depuis tant d’années du temps pour le jardin, les poules… Vers 17 ans, j’ai vu un reportage sur un acteur du cinéma français qui vivait dans une ferme et s’occupait de chevaux. C’était donc possible. Cette image est restée en moi comme un futur réalisable.

Chaque année, c’est un peu plus complexe. Le festival d’avignon a pris la sale manie d’avoir lieu en Juillet. Les semaines et les week-end sont chargés. Les engagements multiples cotoient les représentations lointaines. Et comme il est plus urgent de voir pousser ses gosses que les tomates, peut-être 2018 sera sans poules et sans potager.

Demain, je changerai d’avis

Je ne peux vivre sans

Comme une sève inassouvie

La vie m’appelle en paysan

Lec

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1 Comment on « Paysan »

  1. Belle et saine réflexion Laurent. Oui, la terre et les travaux aux contacts de la nature nous enracinent, au sens stabiliser, au sens se nourrir, au sens « donner du sens »… un peu comme une plante avec son système racinaire tout en ayant la tête en l’air. Je trouve du sens ainsi à faire des travaux de saison, faire notre potager au printemps, semer, repiquer, bichonner tout cela, arroser pour ensuite avoir la satisfaction de la récolte et de la dégustation savoureuse. Plaisir de mener une action de la graine à l’assiette. Partir à la cueillette de plantes et de champignons. Faire mon bois en forêt l’automne est aussi une belle épreuve, je rentre épuisé le soir mais au combien satisfait de ma belle récolte de bois que la nature m’offre si généreusement. La bûche que je vais mettre dans mon poêle, je vais la porter, la manipuler 12 fois entre la forêt où son bois a poussé et lorsqu’elle me délivrera toute sa chaleur dans le poêle. Ces tâches paysannes me nourrissent, j’ai la satisfaction d’utiliser une énergie locale que je maîtrise à mois seul et donc de diminuer ma consommation d’énergie nucléaire, tellement polluante et si hégémonique. Tout paysan sait qu’il ne faut pas mettre tous ses oeufs dans le même panier. On peut aujourd’hui ne pas être paysan de profession mais garder néanmoins un ancrage de terre au travers de multiples activités qui vont nous apporter le sens de la saisonnalité, du temps qui passe et la conscience que nous ne sommes que des habitants de cette belle planète LA TERRE. Etienne

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