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Gap, son migrant, leurs espaces imaginaires

Cette ville, superposition d’espaces imaginaires, est une découpe de strates bancales, mal jointes, mal ajustées, juxtaposées sans rime ni raison dans leur existence, ignorantes les unes des autres, certaines très anciennes, d’autres trop récentes pour être connues :

La strate éternelle, celle des cimetières accompagné de religiosité, cathédrale,  églises, chapelles, palais épiscopal, crématorium, blocs épars opposants un désir vif d’au-delà à la vie  quotidienne.

Et la strate du pouvoir, mairie, ses services techniques, préfecture, palais de justice, commissariat, prison, hôtel du département, cité administrative, inspection académique, à la fois centrale et dominatrice, permanence d’un effort de domination, et presque en dehors, casernes des pompiers et quartiers militaires..

Puis, pêle-mêle, celle éducative, écoles nombreuses, privées ou publiques, maternelles, primaires, collèges, centres de formation, universités, lycées, dans lesquels « on » précipite tous ces jeunes impatients d’avenir. Pour les jeunes et les moins jeunes, s’ajoutent stades de foot, de rugby, de tennis, de boules, gymnases, patinoire énergivores et piscines au toit croulant.

Pour tous, des jardins publics en centre ville ou périphérie, puis des jardins privés à cultiver ou à goûter.

Et puis, les commerces en tout genre, les grands, les petits, aux limites géographiques de la ville ou en son cœur, attirant les chalands dans leurs bigarrures et leurs demandes banales ou bizarres, bars, restaurants, hôtels borgnes ou étoilées ; voir du monde, parler, manger, dormir, faire l’amour, voilà bien des fonctions humaines pour les « gens » touristes ou autres, ceux qui travaillent et les désœuvrés, les couples éphémères ou durables,..

Strate des départs et des arrivées, la Gare SNCF, sa ligne de chemin de fer et son incroyable passage à niveaux, car il paraît qu’il y en a encore des trains, gares des bus et des parkings, oui des parkings aériens, souterrains, de niveaux et il en faut encore et encore,..de dissuasions ou centraux..

La santé et ses hôpitaux, cliniques, centres médicaux, pharmacies, cabinets d’analyses, de radiographie, de dentisterie,…

Et ensuite la culture, car oui la culture elle aussi est stratifiée, théâtres : national, municipal, médiathèques, bibliothèques, espaces d’exposition, musée, conservatoire, librairies, bars à karaoké, usine transformée, kiosque à musique, que mille fleurs s’épanouissent.

Et… les lieux d’habitation qui se glissent partout, strates et inter-strates, immeubles, maisons individuelles, chalets, villas de tous les styles, dauphinoises, provençales, et même d’Île de France,  lotissements en tous sens, la ville n’est-elle pas une machine à habiter ?

Et surtout, cette nouvelle strate, silencieuse, errante, venue de loin, repartie si vite, revenue à nouveau et cela sans cesse, vagues apportées par une mer d’exil aux sombres couleurs de tempêtes, de vents violents et arides, de geôles et d’eaux mortelles, survivre pour vivre, mais où ? Itinéraires balisés mais ignorés des habitants, de presque tous en fait. La Gare SNCF qui parfois devient africaine puis au travers de la rue Jean Eymard, voyez ces jeunes silhouettes si polies, si policées qui se glissent jusqu’à l’Hôtel Départemental si peu hospitalier, si avare avec eux supprimant les tickets resto pour allouer des sommes incroyables à l’aménagement de canons à neige. Début d’un long parcours labyrinthique. Dormir mais où ? Univers éclaté fabriqué de bonnes volontés accueillantes, d’hôtels à moitié ou complètement borgnes, de centre hors ville où la police vous mène pour vous mettre à l’abri, manger au resto du cœur, au secours populaire, au secours catholique, recommencer, tourner en rond ou partir plus loin en avant ? Avocats, juge pour enfants, procureur, préfet, évêque, ça s’agite mais çà n’avance pas, le mal du pays, le mal d’être, les blessures pas seulement symboliques, ça tangue comme en Méditerranée, jusqu’à l’écœurement, à la maladie.

Conseils chaotiques : partez, restez, faites une demande de ceci, non de cela. Nous voulons seulement aller à l’école, apprendre pour nous rendre utile, du calme nous voulons du calme, mais on nous donne la tempête, la violence de parcours incompréhensibles, le monde est si dur et nous sommes tombés dedans sans étoile polaire. Alors, repartir, en avant, loin, à nouveau la gare africaine SNCF, ailleurs, on peut peut-être espérer… Strate des douleurs inconnues de presque tous les habitants : au malheur des migrants certains ajoutent la haine, le mépris, désirent qu’ils partent, loin, n’importe où, on ne veut pas les voir, d’ailleurs on ne les voit pas ! Sauf quelques fous et folles à la manœuvre de l’accueil, mais ceux/celles là qui sont notre honneur, Macron vient de les vomir disant qu’ils/elles l’empêchent de mener sa politique honteuse…à « mal » !

Adieu migrants, nous allons essayer d’accueillir les prochains arrivants, vos frères, nos frères de sang humain depuis si longtemps.

Et la ville stratifiée, figée, ne sait rien, ne veut rien savoir, ne veut pas aimer, juste pourrir l’humanité, la leur, la vôtre, la nôtre. Et encore et toujours l’espérance pour ne pas défaillir et nous battre.

Sébastien Grandis

 

 

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