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Mobilisations contre le démantèlement du train dans les Alpes du Sud

Le démantèlement du service public ferroviaire est devenu une mauvaise habitude forcée dans la région Provence Alpes Côte d’Azur. Les habitants du département des Hautes-Alpes sont coutumiers des menaces qui planent sur les lignes de train sur leurs territoires. En effet, la ligne du train de nuit Briançon-Paris est en sursis depuis plusieurs années et reste l’unique train de nuit encore en fonctionnement en France en 2018 après la fin du train de nuit Nice-Paris en décembre 2017. De plus une menace sérieuse a été annoncée sur le non maintient de  l’ouverture tout au long de l’année de la Gare de Lus la Croix Haute située dans la Drôme qui permet le croisement des trains sur la ligne Grenoble-Gap. Et enfin des cars vont remplacer des trains entre Gap et Briançon ! Revenons en arrière avec quelques explications.

Au début de l’année 2017 la SNCF Réseau propriétaire du réseau ferroviaire français et nouvelle entité remplaçant RFF (Réseau Ferré de France) engage des travaux de rénovation sur la ligne de train entre Briançon et Gap sur l’axe Briançon – Gap. Une année 2017 qui laissait espérer une nouvelle ère optimiste pour le train dans les Alpes du Sud. Dans ce cas, il ne s’agissait pas de simples travaux mais d’une nécessité étant donné la vétusté de la ligne qui arrivait au terme de ses capacités d’utilisations. Ces travaux de rénovations sont inscrits dans le plan État-Région pour un montant total de 20 millions d’euros : La région en finance 37 %, l’État 36 %, le Département 20 % et SNCF Réseau 7 %. Pendant ces 3 mois de travaux de septembre à décembre 2017 un service de car de substitution est mis en place entre Gap et Briançon qui dessert également les gares d’Embrun, de l’Argentière les Ecrins et de Mont-Dauphin-Guillestre qui sont sur le trajet. A l’automne 2017 tout semble laisser croire aux habitants de la Vallée de la Durance qu’avec cet investissement massif le maintien des lignes de train est enfin assuré.

C’est alors que survient un coup de théâtre : quelques semaines avant la fin des travaux de la ligne prévue pour  le 24 Novembre 2017, l’exécutif de la Région par le biais de Philippe Tabarot, Vice Président en charge des Transports, annonce que le service de substitution avec les cars, étant donné son bon fonctionnement, pourrait être maintenu après la réouverture de la ligne rénovée ! Les régions ont la compétence des transports sur leur territoire et en charge des TER, ainsi c’est la région PACA  qui propose dans un premier temps de remplacer 5 trains par 6 cars. Ce ratio évolue selon les annonces, on parlerait  dorénavant de 4 trains pour 6 cars. Dans tout les cas c’est le service du train qui est une nouvelle fois mis à mal et les citoyens sont dans l’incompréhension la plus totale.


Plusieurs élus, collectifs et citoyens réagissent face à cette annonce surprenante et incompréhensible. Aussi deux conseillers Municipaux de l’Argentière la Bessée, Alice Prud’homme et Rémi Roux, inquiets comme beaucoup d’autres hauts-alpins des effets que cette décision aura pour les travailleurs et étudiants, pour le tourisme local, pour la sécurité des usagers et pour la transition énergétique,  font un appel  à la mobilisation auprès des communes, des syndicats et associations pour que la région remette les trains sur les rails. A l’heure actuelle plus d’une quinzaine de motions votées par des collectivités du département et une vingtaine d’associations ont signé cet appel, ce qui représente plus de 220 élus toutes couleurs politiques confondues.

Pour les deux conseillers municipaux cette décision est irrationnelle : « Cette politique de transport n’est pas du tout adaptée à un territoire comme le notre. Mettre des cars alors que l’hiver les routes sont glissantes. Avec ces cars en plus c’est la sécurité des usagers qu’on met en jeu au nom de la rentabilité. Il est hallucinant qu’en 2018 le temps de trajet soit plus long qu’il y a 50 ans, cela n’est pas acceptable. Ces trains sont utilisés par des travailleurs, des étudiants et lycéens en semaine, matin et soir, on ne peut concevoir cela. Pour le tourisme, l’unique route nationale est à deux voies, il faut limiter le trafic sur cet axe et non l’augmenter. Il faut inciter les voyageurs à prendre le train, pour cela il faut des trains en nombre suffisant pour répondre à une demande la plus large possible. Et à l’avenir nous devons penser à réouvrir toutes les petites gares fermées pour faire un omni train, comme chez nos voisins transalpins »


L’argument financier est évidemment la première motivation de la région car la ligne est l’une des moins fréquentées de la région. Comment peut-il être autrement puisqu’il n’y a que 150 000 habitants dans les Hautes-Alpes sur un territoire montagneux non propice à l’habitation en masse ! Le service public doit-il être de qualité uniquement pour les grosses agglomérations ? Un transport public doit-il rapporter de l’argent ?  En effet l’argument financier ne tient pas selon certains, c’est ce qu’avançait le maire de Veynes René Moreau lors de la réunion publique du collectif de l’Étoile de Veynes le 25 novembre 2017 tout en rappelant le passé de cheminots de sa commune, il regrette le démantèlement du service ferroviaire et ancien salarié dans la région parisienne il rappelle cette évidence sous une question rhétorique : « Croyez vous que la RATP soit rentable? » sous les acclamations de la salle et des différents élus du territoire. C’est aussi pour cela que plusieurs grandes villes françaises ont décidé de rendre gratuit leur transport urbain sachant que cette compétence est un service public à but non lucratif.

La question de l’aménagement du transport soumis au test de rentabilité est sans fin et les usagers craignent que cela justifie l’arrêt définitif du rail d’ici quelques années. Les élus se sentent un peu démuni, selon Rémi Roux « on est obligé de faire voter des motions aux communes et de les envoyer à la région. C’est la seule façon qu’on a de se faire entendre. Depuis le désistement de la gauche au second tour des élections régionales il n’y a plus vraiment d’oppositions. On a l’impression de jeter une bouteille à la mer. On fait avec ce qu’on a ». Pour Alice Prud’homme « on fait notre rôle de citoyen élu, comme beaucoup d’autres dans notre département le feraient. Nous espérons que nous serons entendus et non pas seulement écoutés au nom des voyageurs futurs ici et partout en France, car cet épisode n’est malheureusement pas unique. Il faut enfin remettre en place une politique de transport nationale qui soit à la hauteur de notre époque pour plusieurs décennies. Nous ne voulons pas nous allonger sur les rails ! ».

De son côté le « collectif de l’étoile ferroviaire de Veynes » a lui aussi lancé une pétition (en ligne) « Pour que vive la ligne Grenoble-Gap » et appelle à des rassemblements dans les gares des Alpes ce vendredi 26 Janvier. Ces mobilisations montrent un foisonnement d’actions citoyennes et un attachement sans faille des hauts alpins pour leur service public ferroviaire.

 

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