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Gryzka/Murgia : Le fond de l’air est frais, méfions-nous des courants d’air!

(Alors qu’une évacuation de la Gare de Briançon est imminente, Jean-Paul Leroux propose aux lecteurs d’Alp’ternatives une battle Gryzka-Murgia versus Nietzsche. Lec)

Il est vrai que les halls de gare sont propices aux courants d’air, c’est sans doute pour cela que les sieurs Gryzka, conseiller d’opposition à Briançon et Arnaud Murgia, conseiller départemental de Briançon-1, critiquent ensemble la décision de loger des migrants désemparés dans la gare de Briançon. Cette occupation provoquerait un soit disant « appel d’air ». Citons les d’après le Dauphiné Libéré du 10 avril 20018, Gryzka explique ainsi : « Nous ne cautionnerons plus aucune décision visant à encourager indirectement cet appel d’air qui doit cesser au plus vite » et Murgia : « je répète depuis des mois que l’appel d’air créé à Briançon (..) nous mènent droit dans le mur. » Ce n’est plus un appel d’air c’est une tornade !

Remarquez, nous n’avons aucune possibilité de maîtriser les appels d’air, c’est-à-dire les vents, la météo permet de les prévoir non de les contenir ! encore moins de savoir de quel mur il s’agit et à quelle vitesse le choc se produira. Certes, il s’agit de discours métaphoriques et non atmosphériques. Nous admettrons qu’ils n’ont aucun sens au niveau atmosphérique reste à savoir s’ils ont un sens métaphorique. Ils ont un aspect positif en ce que ces discours laissent penser que les décisions politiques ont une efficacité. La municipalité de Briançon et les associations ont requis la gare pour loger des migrants et cela va être très efficace puisque de nouveaux migrants en plus grand nombre vont profiter dans l’avenir de ce trou d’air. Ainsi, la politique, ce n’est pas que du vent !

Seulement, nos deux élus sont contre cette décision. Pour eux, elle fonctionne comme ce que Hegel nomme une ruse de la raison, c’est-à-dire qu’elle produit des effets contraires à la volonté des acteurs. Ils sous entendent que les associations veulent seulement aider les migrants qui sont là présents mais comme leur action va être connu dans toute l’Afrique, d’autres futurs migrants vont se dire : « Super ! à Briançon on peut dormir dans le hall de la gare donc nous allons y aller, au diable le Sahara et la soif et les passeurs qui pompent notre fric, au diable les méfaits des esclavagistes libyens, au diable la mort par noyade en Méditerranée, vive la nuit idyllique que nous allons passer dans la gare de Briançon ! » Le résultat est que d’autres migrants vont se mettre en route vers ce lieux poussés par l’appel d’air !. Et les associatifs seront obligés de les aider, encore et encore, au lieu de faire du ski, l’amour ou courir les montagnes.  Bref, comme dans l’évangile, les accueillants ne savent pas ce qu’ils font, ils veulent faire le bien mais c’est un « foutoir » qu’ils engendrent. En un mot cette action est contre-productive. Ouf ! en voilà une belle rhétorique. Que vaut-t-elle ?

Sur le plan atmosphérique, la métaphore n’avait pas de sens, il semble qu’elle en n’ait pas non plus si on la prend au niveau rationnel. Nietzsche dirait qu’elle procède par inversion des causes et des effets, ce qui est pour lui la perversion absolue de la raison. En effet, nos deux bateleurs croient que la décision actuelle d’occuper la gare de Briançon est une cause alors qu’elle n’est qu’une conséquence. En effet, ils ignorent que pour arriver à la gare de Briançon, les migrants ont quitté leur pays il y a un an ou deux, voire pour certains plus. A cette époque ils ne connaissaient pas Briançon et encore moins sa gare ! Ils ignorent aussi que l’immense majorité d’entre eux ne quittent pas leur pays pour venir en France. Les migrants partent de chez eux pour des raison internes à leur pays. Les migrants sont d’abord « agis » par des causes familiales, sociales, éducatives, économiques, politiques propres à leur mode d’existence. Si la France y joue un rôle, ce n’est pas en tant qu’agitatrice d’air mais à cause de la politique économique de prédation qu’elle mène dans ces pays et qui ne contribue pas à améliorer la situation des futurs migrants. L’arrivée des migrants n’a ainsi pas pour raison la situation actuelle en France mais l’ensemble des causes passées dans laquelle la France a sa part. Les causes, même d’origine externe, ne produisent leurs effets que dans et par des causes internes. Il faudrait donc que l’appel d’air actuel soit excessivement puissant pour remonter le temps –  chose impossible comme on doit normalement le savoir – et agir de façon autonome sans passer par les causes internes.

Nietzsche a bien raison de parler de perversion de la raison quand on voit où conduit l’inversion des catégories de causes et d’effets. Si nos deux élus ne font qu’un usage personnel  et désastreux de leur raison grand bien leur fasse, mais en racontant des sornettes sur la place publique, ils infestent le discours public d’un air vicié.

Jean-Paul Leroux

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3 Comments on Gryzka/Murgia : Le fond de l’air est frais, méfions-nous des courants d’air!

  1. Etienne Trautmann // avril 10, 2018 à 7:28 // Réponse

    Oui, Jean-Paul, merci pour ce coup de gueule envers nos deux élus qui « croient que la décision actuelle d’occuper la gare de Briançon est une cause alors qu’elle n’est qu’une conséquence » comme tu le dis si bien. En lisant l’article du Dauphiné, source de ton article, j’avais un sentiment de révolte envers ces 2 élus, même d’écœurement, je les trouve tellement pathétiques, à émettre ainsi des avis dépourvus d’humanité et complètement à côté de la plaque. La question que je me pose : est ce qu’il pense vraiment ce qu’ils disent, ou bien est-ce encore des discours qui flattent leurs électeurs en proie à une racisme ignorant. Dans les 2 cas, c’est monstrueux et merci de ne pas avoir laissé passé cela. Je n’ai pas la connaissance des philosophes que tu cites, mais j’ai des phrases de Martin Luther King qui m’anime dans mes, nos combats : « “Celui qui accepte le mal sans lutter contre lui coopère avec lui », « A la fin, nous ne nous rappelleront pas les mots de nos ennemis, mais le silence de nos amis. » et une petite dernière qui colle à notre combat : « celui qui combat peut perdre ; celui qui ne combat pas a déjà perdu », c’est de Bertolt Brecht. Etienne

  2. Merci, pour cette analyse concise, argumentée et claire.
    Les métaphores chics, les mots chocs, nous en sommes tous friands et les politiciens de la politique en abusent pour se positionner à tord ou à raison. Restons éveillé-e-s !

  3. Jean-claude Charitat // mai 21, 2018 à 3:49 // Réponse

    Pour des raisons « déraisonnables » nous nous voyons moins souvent (en dehors des lieux de nos légitimes manifestations) Mais c’est avec plaisir que j’ai « trouvé » ton texte! A très bientôt sur des combats communs. jc Charitat.

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