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Que disent de nous ces deux décès ?

Tous Migrants 2, manifestation col de l'Echelle - photo Nicolas Fragiacomo, photographe et accompagnateur en montagne

« Des promeneurs ont trouvé

un corps dans la montagne

le corps de celui

qui a perdu sa vie

en voulant la sauver

Les montagnes et les rivières

les rivières et les montagnes 

tombeaux de nos idéaux. »

Laetitia Cuvelier

Depuis des semaines, des mois, les militant-e-s hospitalier-e-s du briançonnais (1) appellent à l’aide et expliquent avec calme et persévérance que chaque jour des drames sont évités. En 10 jours, les Hautes-Alpes ont connu deux décès de migrant-e-s.  Deux décès de trop disent de nombreux observateur de la situation briançonnaise qui savent qu’un autre « accueil » est possible.

Les militant-e-s avouent d’ailleurs leur désarroi. Lors d’une cérémonie en hommage à Blessing, morte noyée dans la Clarée, ils s’adressent à ses sœurs en ces termes : « Mais comment vous dire notre impuissance à permettre que vous soyez toujours accueillis dans le respect et la dignité, malgré toute notre bonne volonté ? ».

Le terme « impuissance » est sans doute celui qui revient le plus avec le mot « colère ». La militarisation de la frontière, en contradiction complète avec les accords de Schengen et s’appuyant légalement sur une chasse au terroriste, qui n’a ici aucun sens, produit des drames. En tentant d’échapper à la police (ou à génération identitaires…) les migrant-e-s risquent chaque jour la mort alors que, parfois depuis des années d’errances, ils cherchent à sauver leur vie.

Un groupe de 6 conseillers départementaux de la majorité départementale a choisi ce moment tragique pour polémiquer et ajouter de la confusion aux préjugés… Ils dénoncent l’analyse de l’association « Tous migrants » qui pense que la mort de Blessing pourrait être la conséquence des ordres donnés aux forces de police : « il est tout simplement inacceptable que les forces de police ou de gendarmerie, qui assurent avec abnégation et intégrité notre protection dans un climat extrêmement difficile, puissent être mises en cause par des associations qui tentent aujourd’hui de décider par elles-mêmes de la politique migratoire de la France en aidant et en encourageant le passage clandestin de nos frontières au mépris de la loi française. »

Ces accusations sont simplement inacceptables dans un cadre républicain. Elles inversent les temporalités et insinuent que les migrant-e-s arrivent à Briançon car l’accueil y est « chaleureux »: quelle méconnaissance du dossier et de la situation internationale ! (2) Depuis des mois les bénévoles nourrissent, hébergent, sauvent des êtres humains. Ils proposent des solutions et tentent sans cesse de dialoguer avec les collectivités locales et l’Etat. Ils se regroupent bien au delà de leurs opinions politiques ou religieuses. Ils font simplement preuve d’humanité et de cœur face à une situation que personne n’a souhaité ! La montée en puissance d’une réponse répressive est un non sens politique et un naufrage éthique.

Alors que Jean-Marie Bernard avait été élu avec les voix des conseillers de « gauche » (dont Gérard Fromm, maire de Briançon…), il semblerait juste et consensuel que le président du département dénonce ce texte indigne et explique à ses élu-e-s la situation réelle afin que tous se mobilisent pour un accueil digne et un fort soutien de l’Etat.

Ce deuxième décès sur notre département nous appelle au recueillement et à la réflexion. Quel pays souhaitons nous être ? Quel fondement humaniste porte notre culture locale ou nationale ? Que nous ont apporté les migrants d’hier, italiens, polonais, portugais ou maghrébins ? Cet homme mort dans nos montagnes était le futur Zidane ou Aznavour ? Cette femme serait-elle devenue la nouvelle Piaf ou Marie Curie ?

Alors que la catastrophe environnementale en cours ou les enjeux commerciaux mondialisés dévoilent qu’il ne peut y avoir de réponse nationale, le retour à un discours nationaliste étriqué, très souvent articulé à des arrières pensées électoraliste ou populiste, ne peut qu’amener dans son sillage le racisme et la haine de son voisin. Le retour à la raison amènerai du calme dans le débat car les enjeux de la crise de l’accueil que nous vivons ne sont pas passagers mais durables. La conquête dans un même mouvement d’un monde de partage et d’un droit à la mobilité pour tous sont les seules issues pacifistes et simplement humaines à envisager.

Pour que « les rivières et les montagnes » ne soient pas les « tombeaux de nos idéaux. ».

Laurent Eyraud-Chaume.

(1) et non les « pro-migrants » comme les nomment certains médias locaux…

(2) Jean-Paul Leroux a dénoncé ici ce genre de procédé « intellectuel » : https://alpternatives.org/2018/04/10/gryzka-murgia-le-fond-de-lair-est-frais-mefions-nous-des-courants-dair/ 

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1 Comment on Que disent de nous ces deux décès ?

  1. Bonjour Arnaud Murgia et l’appel d’air !!! Cet individu s’est pavané dans les cimetières le 8 mai pour la commémoration de la seconde guerre mondiale. Sans doute a-t-il oublié les troupes coloniales et le débarquement en Provence (entre autres) pour libérer la France ? Vraiment petit, mais petit de chez petit personnage. Une citoyenne lambda indignée par la politique de ces 6 élus départementaux. MBL

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