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 « IL EST HORS DE QUESTION QUE NOS MONTAGNES SERVENT DE CIMETIÈRE !»

Retour sur la Soirée de soutien à Paris pour les 4+3 de Briançon.

(Nous reproduisons ici, avec leur aimable autorisation, le compte-rendu en mots et en photos, réalisés par le collectif parisien La meute.)

Une salle pleine à craquer, qui débordait sur le trottoir. Jamais on n’avait vu autant de monde à la Générale Nord-Est, métro Voltaire à Paris. « On est entre 700 et 900, on a dû ouvrir les grandes portes frontales pour accueillir tout le monde et respirer un peu ! », nous confiait un membre de La Fanfare Invisible, organisatrice de la soirée en coopération avec le Comité de soutien aux 3+4 de BriançonLa Générale Nord-Est et Les Tabliers Volants .

L’ancienne installation électrique accueillait ce samedi 4 novembre une soirée de soutien aux 7 inculpé·es de Briançon. Qui ça ? Des militant·es – Français·es mais aussi Italien·nes et Suisses – accusé·es d’avoir au printemps dernier « aidé à l’intrusion illégale sur le territoire de clandestins, en bande organisée ». Briançon, petite ville à la frontière avec l’Italie, avait été le théâtre d’une opération coup-de-poing aussi spectaculaire que grotesque du groupuscule fasciste « Génération Identitaire », le 21 avril 2018. A grands renforts d’hélicoptères et de barrières en plastique, on les avait vus gesticuler tout le long de la frontière pour empêcher les réfugié.es venant d’Italie d’entrer sur le territoire français. Une action totalement illégale au regard des traités internationaux, qui n’avait donné comme suite qu’une complaisance manifeste de l’ex-ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, et des dizaines de corps découverts à la fonte des neige quelques semaines plus tard.

Au lendemain de ce coup de com’, pourtant, des manifestations eurent lieu, dont une partant d’Italie vers la France, en compagnie de réfugié·es. La répression ne se fit pas attendre. On arrêta 3 camarades, puis 7, et d’autres suivirent. Encore récemment, des lieux d’accueil militants sont fermés par la coalition des polices française et italienne (commandée par Matteo Salvini outre-Alpes). C’est afin de recouvrir les frais de justice et en solidarité avec leur activité que la soirée d’hier était organisée.

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Entre deux concerts, tantôt une rappeuse indienne (MC Manmeet Kaur), tantôt une fanfare survoltée, certain·es ont pris la parole pour dresser un état de la situation, avancer quelques hypothèses, confirmer quelques craintes. Lisa, une des inculpé·es de Briançon, expliqua son choix de s’investir dans les montagnes du Briançonnais sitôt après l’intervention fasciste. Pour elle, ces montagnes ont un héritage à défendre. Celui des Partisan·es, des premier·es antifascistes qui, à l’heure de Mussolini, Hitler et Franco, ont fait des montagnes les premiers ancrages de la résistance au fascisme. Il n’y a qu’à relire les paroles de Bella Ciao, entonnée par la fanfare, pour s’en assurer.

«Le décret-loi sur lequel se base le gouvernement pour sa répression avait été instauré par Edouard Dalladier, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, pour repousser les migrations espagnoles et italiennes, celles et ceux qui fuyaient le fascisme. C’est de cela dont il s’agit.» avança un de ses camarades sur la scène.

Il ajoutera ensuite qu’il est «hors de question que nos montagnes servent de cimetière ». En off, Olivier de la Fanfare Invisible nous confiait : « Cet été, nous avons choisi d’aller là-bas, soutenir les camarades, voir ce qui s’y passe, pour pouvoir témoigner. On aura moins honte quand on devra expliquer à nos enfants comment on a laissé se passer tout ça. »

Un peu plus tard dans la soirée, Youssif Haliem, écrivain Soudanais réfugié en France depuis 2015, fit la lecture en arabe (traduit juste après en français) de son poème « Moi et Marianne ». S’il est assez dommage qu’on n’ait pas accordé dans l’assistance la juste attention que méritait son texte, au regard notamment de l’attention portée aux militant·es français·es, son texte est disponible en ligne (https://haliem.info/fr/moi-et-marianne/).

Toujours selon Olivier, les soirées de soutien de ce type sont importantes. Elles réaffirment la solidarité entre les régions, mais également entre les pays, à un moment de l’Histoire où les fascismes s’organisent de nouveau mutuellement à l’échelle internationale.

« Si la violence s’applique sur les militant·es et les migrant·es, c’est parce que les gens qui dirigent ce pays sont les mêmes qui gagnent vingt mille, trente mille euros. Ça commence à se voir et à déranger. »

Il ajoutait d’ailleurs qu’ « avec la fanfare, on arrive à faire se croiser des gens qui se mettent à travailler ensemble et à avancer ». Et qui affirmera le contraire ? De Beaumont-sur-Oise aux luttes des sans-papiers dans le 20e arrondissement, des gaz lacrymogènes aux nasses nocturnes, la fanfare est partout.

Il faut cependant nuancer certains points positifs quant à cette soirée. On ne peut que se réjouir de voir un tel élan de solidarité pour une affaire aussi lointaine dans le temps et l’espace que celle des 7 de Briançon. Mais sur une question qui touche autant à la condition de racisé·es, on peut se questionner sur la parole qui a été donnée aux personnes qui subissent de plein fouet, au péril de leur propre vie, le racisme d’Etat et sa gestion de « la crise migratoire » qui n’en est pas une. Si ce type de soirée est bel et bien crucial pour le mouvement social dans son ensemble, et dans les solidarités contre le fascisme en particulier, il ne nous faut certainement pas oublier pour qui, à l’endroit de qui, en priorité, sont menées ces luttes aux frontières. En effet, il faut se retrouver à la Générale. Mais également dans les foyers de réfugié·es, auprès des étudiant·es sans-papiers, dans les maraudes le soir, les cantines le midi, les manifs le samedi, les expulsions le lundi. En bref, partout où se mènent ces luttes, et pas uniquement aux rendez-vous festifs.

© LaMeute

 

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