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3+4 de Briançon : Le temps du dedans-dehors.

Retour sur le 8 novembre, journée de procès et de mobilisation pour le 3+4 de Briançon par Alice Prud’homme.

Il est 1h40 du matin, quand les prévenu-e-s sortent du tribunal de Gap, après 17 heures de procès… Les premiers mots de l’un d’eux « quel gâchis, quelle perte de temps ! ». Mais si, malgré toutes ses apparences et ses faits déjà actés, cette histoire n’était pas une perte de temps mais un gain ? Oui mais de quoi ?

Le 8 novembre à Gap, autour du procès de 3+4 de Briançon, il y a eu deux journées, deux histoires, deux temps. La salle du tribunal remplie à craquer, avec une tension palpable sur tous les bancs. Puis il y avait dehors, les alentours du tribunal, occupés par des manifestant-e-s venu-e-s d’ici et d’ailleurs.  Ils avaient tous une envie de se retrouver, d’échanger dans la bonne humeurLe dehors était dépendant du dedans, car sans lui il n’aurait pas existé… mais le dedans venait du dehors car sans lui il n’aurait pas existé non plus.  Deux lieux, deux temps et pourtant dépendants l’un et de l’autre

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Quand dehors commence à s’animer il est 9h30, dedans a commencé depuis une heure, dehors ne sait rien ou plutôt sait déjà tout…

Les manifestants ré-écoutent les faits du “pourquoi ce procès”, puis leurs oreilles se font de plus en plus  concentrées. En effet les prises de parole se suivent et toutes ont un écho, un angle, une sonorité différente, mais toutes ont leur place.

Dehors semble vouloir crier pour se faire entendre dedans, afin d’envoyer une énergie à ceux qui subissent « le gâchis, la perte de temps ». Dedans est structuré par l’ordre et ne souhaite entendre mais il sent ce qui se passe dehors.

Plus la journée passe, plus l’émulation positive d’une foule se sent dehors alors que dedans la tension monte.  Dehors essaye de suivre le fil de dedans, mais c’est compliqué, c’est vague, pas très rassurant, alors dehors vit encore plus.

La musique s’entend, les paroles se libèrent. Ceux-celles qui n’osent pas prendre la parole la prennent avec simplicité et conviction, les manifestant-e-s rient, pleurent, chantent, dansent… Malgré les différentes opinions politiques et points de vues, chacun-e arrive à s’exprimer ou se retrouver. Mais comment est-ce possible ? avec une telle mixité ? Simplement parce que toutes les personnes présentes avaient en permanence à l’esprit ce qui se passaient dedans… Tous étaient juste solidaires ! Quand dedans sort enfin dehors, dehors scande enfin à dedans, So-So-Solidaire.

Oui quelle perte de temps et en réalité bien plus que 17 heures ! Il s’agit en effet du deuxième procès pour 3 des 7. Les 3 ont déjà faits près de 10 jours de prison aux Baumettes, du temps perdu encore. Les 7 ont passé des heures avec leurs avocats à préparer leurs défenses. Les comités de soutien ont passé du temps à préparer des soirées, les journées de dehors et de dedans. Les juges ont passé du temps à travailler pour cela… On pourrait ajouter : quelle perte d’argent pour l’état, pour les frais de tribunaux, les crs déployés… et pour les manifestant-e-s, les accusé-e-s, les donateurs-trices… Du temps et de l’argent pour ça ! Pour vouloir condamner des solidaires, des humanistes qui sont justes incondamnables ! Pour faire un exemple ? Un exemple de quoi à qui ? Qu’il est interdit d’aider l’autre, de secourir une personne? Qu’il est interdit de manifester pour dénoncer des idées populistes nauséabondes ?

Oui que de temps perdu, car aux vues des solidaires de dehors et de dedans, une chose est sûre, ils seront encore plus solidaires après ce 8 novembre. Que de temps gagné pour l’humanité M. le procureur, merci !

Alice Prud’homme

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2 Comments on 3+4 de Briançon : Le temps du dedans-dehors.

  1. Jean Paul Leroux // novembre 21, 2018 à 11:30 // Réponse

    Alice,très sympa ton article. il recoupe par le thème et le titre une grande préoccupation des féministes noires américaines, en particulier Patricia Hill Collins qui a fait du Insider-ousider le thème des luttes antisexistes des noires américaines. Je vois dans cette conjonction une justesse supplémentaire de la lutte en faveur des exilé.es qui sont bien eux dedans-dehors ou dehors-dedans.
    Sur Gap, il y a déjà 31 “mineurs” illégaux que par recours au tribunal nous avons pu faire admettre “légalement” à l’école. Ce sont des vrais dedans-dehors des insider/outsider.
    Bref, ton thème est impeccable.

  2. Excellent article – merci Alice

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