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« L’essence de la révolte, la colère ! » par Jean Ganzhorn

Un samedi, des routes bloquées, des supermarchés inaccessibles, la circulation automobile ralentie, empêchée, les péages fermés, cela fait un moment que je rêve d’un instant comme celui-ci. Venant de la base, massique, reconnaissable, sur tous les territoires, tous en même temps. La route, la bagnole, l’essence… quelle place? Tout mouvement maintenant se fait avec, pour aller à l’école, au travail, acheter du pain, partir en WE, voir des amis, aller au restaurant, faire du vélo, un barbecue….

Article d’abord publié le 7 novembre par Jean Ganzhorn sur son blog.

climat-ou-la-vie

La fin des villes et le lotissement de la France, a permis aux français de vivre à la campagne en travaillant en ville. La maison individuelle est le fruit de la bagnole. Les centres-villes ont fermé et tout se regroupe en zones homogènes : les zones commerciales, zones industrielles, zones artisanales, zones pavillonnaires, zones naturelles protégées. De zones en zones, la population se déplace en voiture, neuves pour les plus aisées, anciennes et plus coûteuses pour les moins riches.

Les transports collectifs sont réservés aux sans voitures (aux sans-dents) qui sont des sans-emplois, seniors ou jeunes. Les transports collectifs ne sont rarement compatibles avec un emploi, surtout quand il est précarisé, a horaires découpés. La flexibilité du travail, celle tant vantée par les libéraux, fait des allongements de transport.

Dans notre pays tout s’éloigne, tout est organisé autour de la voiture. Ce système profite aux multinationales du pétrole mais surtout fait la fortune des promoteurs immobiliers, aménageurs, banques, propriétaires terriens. Les aménageurs, élus et technocrates souhaitent ranger tout le territoire dans des zones :  tous les bureaux dans un seul endroit, les usines, dans un seul secteur, et les gens, travailleurs éparpillés de partout façon puzzle dans des zones pavillonnaires.

Celles-ci mangent la terre agricole et rendent la voiture indispensable : résultat de 50 ans d’aménagements : un rythme toujours plus rapide de bétonnage, un département entier tous les 5 ans, temps dans les transports doublé en 30 ans. Dans ce pays, on ferme toutes les lignes de petits trains pour privilégier l’avion, le TGV, dans ce pays, on roule de plus en plus et on marche de moins en moins.

Dans ce système, ou 80 % des enfants vont à l’école en voiture, ou la marche à pied a disparu, on l’on ne trouve jamais d’argent pour faire des pistes cyclables mais des milliards pour faire des rocades en massacrant les espèces protégées survivantes. Dans ce système, le prix du pétrole augmente. L’ancien régime, la royauté avait la gabelle sur le sel, vitale pour conserver les aliments. Elle avait aussi des taxes de passage encaissées par des seigneurs qui ne payaient pas d’impôts. Nous avons la taxe sur l’essence et les péages, une noblesse freetax, l’ancien régime est rétabli.

Le pétrole et la voiture sont une grosse part du budget des classes moyennes. Irrémédiablement à cause des taxes mais surtout à cause du début de la fin de l’abondance du pétrole, le prix de l’essence augmente. Alors la gabelle moderne ne passe plus, elle se rajoute aux PV et au racket des péages d’autoroutes. Autoroutes, qui ont été payées en 15 ans au privé, à Vinci et seront payées surement deux à trois fois. Pour la classe moyenne, celle qui s’est endettée pour acheter son pavillon loin du travail, pour que ses enfants vivent dans un environnement avec la nature, celle qui emmène le matin, le soir, ses enfants, celles qui va acheter le pain en voiture, celle qui multiplie les allers-retours dans sa maison, la hausse passe mal.

Les salaires stagnent, voire baissent. Les riches veulent et obtiennent de payer moins d’impôts, eux non. Le gouvernement a beau faire des économies sur les plus pauvres en disant que c’est eux qui coûtent un pognon de dingue, la noblesse d’argent en veut toujours plus. En 5 ans, plusieurs dizaines de milliards d’impôt payés par la noblesse ont été transférés sur la classe moyenne surtout et la classe pauvre. Alors si l’idée de taxer l’énergie et moins le travail est excellente, la pilule ne passe pas. Normal, la réalité est autre. La réalité est que le gouvernement préfère taxer le pétrole au lieu de taxer le capital. Le travail reste fortement taxé et assume la solidarité nationale.

Rarement, les révoltes populaires commencent par des grandes idées, les prix du pain et du sel en sont souvent le début. Elles sont récupérées par ceux qui savent surfer. Cela sera l’extrême droite surement, ils ont de l’expérience et ne se pince pas le nez, eux.

La gauche devrait se joindre au mouvement en énonçant certaines vérités et proposer : le gouvernement préfère taxer l’essence que le capital. Une taxation graduelle juste et écologique est possible.

La gauche intello qui regarde ce mouvement avec dégoût, en se disant je ne vais pas me mélanger avec les beaufs, peut aussi apporter des idées et des propositions. La principale dont je me fais l’écho est de proposer une taxation de l’essence selon la consommation individuelle. Ce système peut marier justice fiscale et vertu écologique. Le développement de cette logique ouvre même des perspectives vitales pour réaliser une transition énergétique véritable (actuellement le mot transition énergétique signifie rajouter des énergies renouvelables au fossiles pour faire encore plus de consommation !)

En clair, nous devons proposer que chaque individu quelques soit son âge ait le droit à un volume d’essence pas cher :
par exemple 500 litres à 1 €, puis 500 litres à 2 €. Puis les suivants à 2.5 €. Le volume et le montant sont à discuter, mais le principe est fondamental si on veut limiter la casse sur le changement climatique. La transition énergétique ne sera possible que si elle est comprise et un minimum juste. Ainsi si vous payer des impôts, vous avez une décote, l’état vous finance par des réductions d’impôts vos transports. Si vous ne payez pas d’impôts comme les travailleurs précaires, pas de financement de vos transports. Ceci est une autre injustice.

Les particuliers et les entreprises ne doivent pas payer le même prix : taxons les entreprises pour encourager le local. Les multinationales qui préfèrent une grosse usine en Europe dans le pays le moins cher fiscalement et plein de camions partout doivent payer plus cher que celle qui choisissent 5 usines dans 5 pays et moins de camions. La taxation de l’énergie est l’outil de relocalisation de l’économie, cela ne pourra se faire que si on ne fait pas payer au particulier le même prix que les entreprises. Nous pouvons mettre une taxe sur les livreurs de colis afin de favoriser le commerce de centre-ville.

 Utilisons cette colère pour faire passer nos revendications : taxons le capital, pas le travail. Un citoyen = un volume de base d’énergie pas cher. Cela inciterait les gens à choisir des pavillons pas moins éloignés (habiter à 5 km, cela passe, à 30 km bien trop cher avec la surtaxe). Aménageons le territoire en stoppant l’urbanisme de zones, mixité partout. Investissons dans les HLM pour que les gens puissent se loger a coté de leur travail, au lieu de les reléguer toujours plus loin,  chassés par la spéculation immobilière. Au lieu de vendre les HLM, nous devons taxer la spéculation immobilière en taxant l’affection d’usage d’un sol en constructible ( 15 milliards par an) en taxant aussi les plus-values immobilières des gros groupes.

Diffusons aussi  l’idée qu’il faut rationner l’énergie et la globaliser dans la consommation : pourquoi le chasseur a 4×4 qui fait 10 000 km par an et reste chez lui en vacances, serait plus taxé que le bobo et sa petite voiture qui prends 4 fois l’avion par an pour aller faire du yoga au Maroc.

Il existe une grande iniquité à ne pas taxer le carburant de l’avion. Les plus riches le prennent régulièrement et cela rend le train pas compétitif pourtant 20 fois moins polluant au km.

 En instaurant un peu de justice sur la consommation de pétrole, nous pourrions expliquer à nos concitoyens que la fête du pétrole abondant est finie, que nous devons changer nos modes de déplacements. Si la grosse bagnole individuelle d’une tonne transportant 75 kg utile, soit le ratio des navettes spatiale, est obsolète nous pouvons changer et vivre plutôt mieux. En attendant le changement nous pouvons mettre une taxe sur les coursiers

-des habitats collectifs de 3 à 4 étages sympathiques, des taxis pas chers (essence moins chère au VTC ?), du co-voiturage, du vélo, des trains à l’heure et régulier (à quand des navettes électriques sur rail, du covoiturage, des voitures de 300 kilos consommant 1 litre au 100, des vacances moins loin mais moins stressantes. Tout cela est possible et finançable. Nous pourrions aussi créer une monnaie complémentaire énergie, ainsi pour acheter nous devrions payer en € et par exemple en Carbone : tu veux un billet d’avion, c’est 100 € et 1000 Carbone. Un billet de train, 120 € et 50 carbones. Tu as un crédit de 500 carbones par an. Sinon tu dois l’acheter à quelqu’un d’autre qui ne s’en sert pas. On pourrait aussi imaginer qu’une partie des taxes que nous payons sur l’énergie nous soit versée sur un compte individuel. Avec l’argent de ce compte, nous pourrions juste acheter de l’isolation pour notre maison, une voiture moins gourmande, du co-voiturage, un vélo, des panneaux solaires. Tous ce compte individuel serait dans une banque qui prêterait à 0 % la production d’énergies renouvelables, des pistes de vélos, des transports en commun de village (des bus à 9 place).

Notre monde devient cauchemardesque.  En cause, la destruction du climat combinée à la fin de l’énergie pas cher. La revendication de la baisse des taxes sur l’essence, est considérée par certains comme la réunion des gens qui comme pour les migrants disent « seulement nous ». A nous de faire porter la voie du « Nous ensemble » seule voie d’espoir, nous, ensemble, on veut taxer le capital et construire un avenir au futur.

Quand a ceux qui accusent cette lutte de petit égoïsme, je réponds soyons plus égoïste ! Il faut, je pense revendiquer l’égoïsme et l’intérêt individuel : nous avons intérêt de penser à nous, car nous allons à notre perte. Dans notre intérêt individuel nous devons arrêter de nourrir le capital qui nous mène au génocide.

Seul la révolte et l’imagination peut nous en sortir, seulement, ensemble.

Jean Ganzhorn

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1 Comment on « L’essence de la révolte, la colère ! » par Jean Ganzhorn

  1. Bien dit.
    Oui il faut saisir cette occasion et non regarder les/nos différences.

    Si le mouvement s’arrête, on a tout et tous à y perdre: monté des divisions avec une extremisation et méfiances accrue des deux bords ‘FN’ versus ‘altermondialistes (EELV, Génération-s, NPA, FI)’. Laissant un champ libre électoral pour les centristes, et pire donnant du grain à moudre au gouvernement actuel pour augmenter la sécurité/surveillance du citoyen.

    Par contre si la gauche et tout le monde emboîte le pas, ben c’est gagné non?

    (petites coquilles dans l’article;
    transports collectifs sont réservés AUX sans voitures
    ceux qui savent surfER)

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