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Dans la bulle d’Emil Ferris (La chronique BD de Sophie Babu)    

MOI, CE QUE J’AIME , C’EST LES MONSTRES, tome 1, édition Monsieur Toussaint Louverture, 416 pages.

Un jour, vous écoutez la radio et tombez sur une émission parlant d’une dessinatrice américaine, au nom inconnu pour les aficionados du 9ème art. Curiosité oblige, je fonce dans une librairie et découvre, stupéfaite, « Moi ce que j’aime, c’est les monstres ». Très belle surprise, un choc visuel puissant, me faisant dire, que ce journal intime, d’une petite fille se prenant pour un détective et fascinée par des créatures monstrueuses, se classe parmi « mes » chefs d’œuvre! Pas d’erreur car le festival d’Angoulême l’a déclaré meilleur album en janvier 2019 !

En 2002, Emil Ferris, illustratrice, gagne sa vie en dessinant des jouets et en participant à la production de films d’animations. A 40 ans, elle est atteinte d’une méningo-encéphalite. Ses jambes, sa main droite sont touchées et pour continuer à dessiner, elle se scotche un stylo sur cette main !

c_emil_ferris_monsieur_toussaint_louverture_monstres_planches_double_hd_1 (1)Sa persévérance l’entraîne à l’institut d’art de Chicago et décide de mettre en œuvre son roman graphique sur un cahier à spirale, réalisé au stylo billes (choisis car ce fut son tout premier outil quand elle était enfant), et feutres pour le texte! Six ans pour 800 pages avec 48 refus d’éditeurs ! Et le tout soutenu par une campagne de financement participatif !  

Ses influences sont les œuvres de Francisco Goya, Honoré Daumier, sans oublier Robert Crumb et Art Spiegelman pour la bande dessinée. Elle n’hésite pas à reproduire des tableaux tels que « Cavalier arabe attaqué par un lion » d’Eugène Delacroix, ou « Un dimanche après midi à l’île de la Grande Jatte », de Seurat, toiles  découvertes dans des musées avec son père et son grand frère.

c_emil_ferris_monsieur_toussaint_louverture_monstres_planches_double_hd_3L’histoire, auto-biographique, se situe à Chicago, dans un quartier miséreux en pleine ébullition,  fin des années 1960. Karen Reyes, dix ans, est une fan absolue des fantômes, vampires et autres morts-vivants. Elle se décrit elle même comme un petit loup-garou. Elle dit préféré être un monstre qu’une femme.  Elle vit avec sa mère et son frère dans le sous-sol d’un immeuble. Un jour de Saint Valentin, elle apprend la mort de sa voisine, Anka, une survivante de l’Holocauste. Elle décide  de mener l’enquête et va vite découvrir le passé de cette voisine au cœur de l’Allemagne nazie. Les drames tapis dans l’ombre de son quotidien,  guettent la petite Karen, tels des monstres. Ceux ci sont parfois tendres, gentils, fascinants, antipathiques ou torturés.

emil ferrisL’auteur déclare «Nous avons peur du monstre, notamment si ce monstre, c’est nous. Nous sommes monstres dans nos échecs, dans nos appétits, dans nos désirs.» Emil Ferris plaide en faveur du respect de l’Autre à travers ce magnifique ouvrage.

«De l’obscurité, elle  fait jaillir la lumière, et des monstres, l’humanité, toute l’humanité. »

Sophie Babu

A découvrir aussi :

Palmarès du festival d’Angoulême 2019 : Brecht Evens, « Les rigoles », Halfdan Pisket, « Dansker », Emilie Gleason « Ted, drôle de coco », Jen Wang « Le Prince et la couturière », Julien Lambert « VilleVermine T1 ».

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