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8 mai 2019 : Belle journée de résistance contre la privatisation des barrages.

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Environ 1000 personnes selon les organisateurs (700 d’après la police) ont bravé le froid et la pluie ce matin sur le pont de Savines dans les Hautes-Alpes pour dire non à la privatisation des barrages. « Quand tout sera privé, on sera privé de tout », c’est ce qu’on pouvait lire sur l’immense banderole déployée sur le parapet de cet unique pont qui permet de traverser le lac de Serre Ponçon, plus grande retenue d’eau artificielle d’Europe et son barrage de masse construit dans les années 50.

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Dans cette manifestation à l’initiative du collectif des gilets jaunes des Hautes-Alpes, on pouvait voir réunis tous ensemble, des gilets jaunes venus des Hautes Alpes mais aussi des départements limitrophes, des syndicalistes de la CGT, l’association Ensemble, le parti communiste, le mouvement pour la paix et bien d’autres collectifs, quelques rares maires (le Maire voisin de Savines le lac, Guillestre, le Rousset, Monêtier-Allemont, Rambaud…) et de nombreux citoyens.

La Préfecture des Hautes-Alpes a fait interdire la circulation pédestre sur ce pont pour ce jour là, unique voit de circulation pour aller du Sud au Nord du département. Mais la petite cinquantaine de gendarmes présents sur les lieux, n’ont pas pu empêcher le millier des manifestants rassemblés de chaque côté du pont de faire la jonction et d’occuper l’espace central de ce pont, bloquant totalement la circulation pendant presque 2 heures.

Les participants se sont ensuite déplacés à 20 minutes de là jusqu’au belvédère qui domine le barrage où il y a eu des prises de paroles. Vers 14h30, 150 personnes braveront l’interdiction de pénétrer dans l’enceinte du barrage, pour signifier aux yeux de tous, que ce barrage comme les autres doivent rester un bien commun, le bien de tous. Aucune tension particulière avec les forces de l’ordre n’a été signalé.

Sur le fond, le problème est que l’Europe demande à la France l’ouverture à la concurrence de ses 150 barrages hydroélectriques, barrages dont les concessions arrivent à échéance dans 4 ans. Cette énergie produite est la première énergie renouvelable de France et la deuxième énergie de notre pays avec 13% de la production d’électricité.

Mais alors quel est le risque de la privatisation ? Pour le barrage de Serre Ponçon (dont la fin de la concession est plus tard), les enjeux sont multiples :

– la production d’électricité : rappelons que les barrages sont les seuls moyens de stockage de masse que nous connaissons actuellement, une sources d’énergie électrique que l’on peut mettre en action très rapidement en fonction des besoins (2000 mégawatts en dix minutes pour l’hydroélectrique français, soit l’équivalent de 2 centrales nucléaires) et ce même de nuit, ou par journée sans vent, un atout fondamental dans la gestion de la production d’énergie. Le risque en offrant ces aménagements stratégiques à des multinationales privées, c’est que le service public passe en second plan et que le profit soit la règle, ce qui ferait grimper en flèche les prix de l’électricité pour les consommateurs. Ces entreprises privées (Total est sur les rangs) pourraient jouer sur l’offre et la demande et attendre pour effectuer des lâchers que l’électricité soit au plus cher. On a vu ce que cela a donné pour les autoroutes, la concurrence a eu comme effet l’augmentation des péages. De plus, la chaîne hydroélectrique Durance-Verdon rassemble 32 centrales, comment cet ensemble fonctionnera-t-il si plusieurs opérateurs privés se partage le gâteau ?

– la sécurité : ces ouvrages stratégiques sont aujourd’hui gérés à 80% par EDF qui en terme de maintenance a acquis une expérience dans ce domaine. Quand sera-t-il pour les opérateurs privés ? Ils n’hésiteront certainement pas à différer certaines maintenances et auront-ils l’expertise suffisante pour assurer la sécurité des ouvrages ?

– la gestion de l’eau :

  • L’agriculture : le barrage de Serre-Ponçon (10% de l’hydroélectricité de France) s’est aussi un usage agricole. Le canal de la Durance a permis le développement de l’arboriculture dans les Hautes-Alpes, mais aussi les autres départements du Sud. Ainsi, les Hautes-Alpes sont devenus le premier producteur de France de pommes Golden.
  • L’eau potable : ce lac de 1,2 Millards de m3 d’eau fournit de l’eau potable à de nombreuses communes de la région PACA, jusqu’à Marseille et Saint Tropez. Quid de l’équilibre de l’offre et de la demande, en ces temps de réchauffement climatique, de la part d’un opérateur privé. Et quel en sera le prix à payer ?
  • Le tourisme : EDF a aujourd’hui une obligation de côte estivale en remplissant le lac, l’activité touristique en dépend. Quid des milliers de touristes qui apprécient « cette mer à la montagne » et qui profitent des nombreuses plages et installations portuaires. Tout se monnaiera et sera au bon vouloir du gestionnaire !

Le lac de Serre Ponçon est un véritable poumon économique pour les Hautes-Alpes, souhaitons nous laisser ce bijou de famille aux mains des argentiers privés ?

Etienne Trautmann

(texte et photos)

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  1. 8 mai pour le Barrage de Serre-Ponçon : LA vidéo ! – Alp'ternatives

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