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[Editorial n°39] En quête de cohérence.

Depuis maintenant plusieurs décennies, les français, mais aussi plus largement les citoyen-ne-s des “démocraties” occidentales, se détournent des urnes. Depuis plusieurs années, ils se mobilisent en dehors des organisations classiques, syndicats, partis ou associations. Pourtant l’intérêt pour le scrutin municipal semble intact. Le maire reste l’élu “préféré” des français et une “prime” au sortant semble influencer déjà les résultats du scrutin de mars 2020.

Les Hautes-Alpes sont déjà le lieu de multiples débats et les médias locaux se font l’écho des habituelles guerres des egos. C’est le paradoxe de ce scrutin qui oscille entre potentiel espace de démocratie et combat de têtes de listes. Les acteurs et actrices de l’alternative sont face à une série de décisions complexes. Comment mettre en mouvement la population ? Comment rassembler largement sans perdre de vue l’invention d’un projet de territoire à la hauteur des enjeux du moment ? Faire alliance ? oui, mais avec qui ?

Les communes rurales et les villages ne sont pas propices à cliver le scrutin et de nombreuses listes n’afficheront pas ouvertement une place sur l’échiquier électoral. Pourtant c’est bien le scrutin municipal qui permet l’élection de représentant-e-s à l’intercommunalité (ou l’agglomération) que feront alors les élu-e-s sans étiquette lors de l’élection des présidences de ces collectivités ? Bien souvent les électeurs-trices connaissent les opinions des candidat-e-s et leur présence (ou non) dans les mobilisations récentes (train, Tht, accueil des migrants, …) font souvent office de carte de visite. Le fait de ne pas afficher l’orientation des listes est une sorte de politesse pour ne pas exclure et permettre de sortir des enjeux partisans.

A partir de 3 ou 4000 habitants, la “politisation” est là et ceux qui affirment à longueur d’antenne ne pas faire de politique et être ni de droite ni gauche se cachent derrière leur petit doigt et tentent bien souvent de créer de la confusion pour rafler la mise. La trouvaille du moment est à la “démocratie participative” qui devient un passage obligé à gauche comme à droite. Toutes les listes proposent d’associer les citoyen-ne-s et de dépasser les vieux clivages. Ces grandes déclarations sont à la démocratie réelle ce que la croissance-verte est à l’écologie : une campagne de communication ! Bien-entendu rien de précis n’est proposé sur les méthodes et ce n’est pas l’utilisation de post-it dans une réunion qui suffiront à questionner notre rapport au pouvoir et à la délégation.

Sur la commune de Gap, 2 listes copiées-collées développent des valeurs de gauche et d’écologie, plaident la démocratie horizontale, mais ni l’une ni l’autre n’entraînent une dynamique populaire ni un positionnement clair sur les grands enjeux du moment. L’écologie et la démocratie ont ceci de commun qu’elles peuvent être pratiquées à faible dose par toutes les communes. Pistes cyclables et comités de quartier ne sont pas l’apanage des mairies écolos ou de gauche. Le scrutin de mars 2020, malgré les urgences de l’heure, peut vite sombrer dans les vices des temps électoraux où pour se différencier du concurrent il faut l’attaquer et se livrer au combat des têtes de listes. Sur Gap comme ailleurs, il faut un rassemblement citoyen qui portent clairement un positionnement politique : radicalement écologiste et communaliste. Les organisations de la gauche sociale et écologiste (FI, PCF, EELV, Ensemble…) doivent sans tarder aider à sortir de l’impasse.

Il faut le dire sans tourner autour du pot : les communes sont le lieu idéal pour inventer un futur habitable. La relocalisation de l’économie, la création de nouveau communs, l’émancipation humaine, le soin apporté aux enfants, aux personnes âgées : tous ces projets doivent se construire sur des territoires. Les communes, et leurs regroupements, seront des espaces pour mettre en oeuvre des actions cohérentes où chacun-e prend sa part. Le pouvoir macronien, qui glisse chaque jour un peu plus vers un libéralisme autoritaire, doit trouver face à lui des contres pouvoirs, des élu-e-s et des citoyen-ne-s, qui prouvent par l’exemple qu’un autre chemin est possible. Tous ceux et celles qui font le pari depuis des mois qu’une élection se gagne au centre et qui ne souhaitent pas se positionner clairement pour l’hospitalité, contre la réforme des retraites ou lors des marches climat n’ont pas compris que tous les sujets sont liés. La précarisation des chômeurs, les attaques contre l’école ou l’hôpital ont des impacts dans nos communes. Partout le recette libérale produit les mêmes conséquences désastreuses. Les élu-e-s locaux doivent savoir refuser les installations de canons à neige ou le passage d’un rallye, ils doivent participer aux mobilisations pour défendre nos droits. Les listes “citoyennes” doivent s’ancrer dans les combats en cours si elles ne souhaitent pas devenir une fabrique d’élus sans étiquette ni saveur.

Nous tenterons de raconter dans Alp’ternatives les candidatures en quête de cohérence. Elles sont multiples et parfois pleines de défauts mais elles tentent d’associer réellement la population à l’invention d’un projet de territoire pour demain.


Laurent Eyraud-Chaume

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