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[tribune] Rendre la vie impossible n’est-ce pas rendre la mort actuelle ?

Quelle est la logique des mesures sur l’immigration que le gouvernement s’apprête à faire adopter ? Il s’agit de rendre la vie encore plus impossible aux exilé.es et aux migrant.es. L’idée est de faire connaître aux futur.es candidat.es que leur vie en France va être pourrie et que donc leur intérêt est de mourir chez eux de terrorisme, de faim, de maladies, de montée du niveau de la mer, etc.. mais de ne pas venir mourir en France dans des hôpitaux, un bidonvilles où seul Médecins sans frontières intervient.

Quelle est la logique des réformes sur les hôpitaux ? Pourrir la vie des personnel.les soignant.es, leur faire supporter le poids financier de ce qui se nomme encore « soins » par la diminution du personnel, par l’augmentation des « cadences », par la restructuration, la fermeture de lits, de services, voire de fermeture d’hôpitaux. Bref, rendre la vie impossible. Ainsi le secteur psychiatrique est-il à l’agonie pour les mêmes raisons avec en plus la suppression de la formation des infirmier.es psychiatriques, la diminution du nombre de psychiatres, etc.. Il y a bientôt plus de malades psychiatriques en prison que dans les hôpitaux.

Quelle est la logique des réformes sur l’école ? un dessin de Serguei (dans le journal Le Monde du vendredi 8 novembre 2019) dit tout ce qu’il y a à savoir :

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Rendre la vie impossible aux personnels, aux élèves, c’est la pourrir, et rendre la mort possible. Monique Redon s’est suicidée en laissant une lettre poignante sur la situation qu’elle vivait et l’absence de soutien de l’institution : « « Je dois dire aussi que je n’ai pas confiance au soutien et à la protection que devrait nous apporter notre institution, d’ailleurs, il n’y a aucun maillon de prévu ».

Comment aménage-t-on les villes ? Le drame de la rue d’Aubagne à Marseille et les huit personnes mortes en donne le sens. La politique de la ville n’est pas une réalité positive pour tout le monde ! La construction de logement ne suis pas les besoins : la ville de Marseille n’a toujours pas su reloger les personnes expulsées de la rue d’Aubagne. Et puis, la mortalité des Sdf est largement supérieure à la moyenne. Qui ne met pas en place une politique de logements ? Qui rabote les allocations logements ? 

Mais est-ce que je ne mélange pas tout ? Je questionnes des logiques de certains « secteurs » mais est-ce la même logique dans tous ? Rassembler immigration, hôpitaux, éducation, politique de la ville sous une même question est-ce acceptable ? 

A chaque fois, dans chaque secteur, la mort est aux aguets : pour l’immigration pas besoin de dessin, la Méditerranée est un grand cimetière, les suicides en milieu hospitalier ne sont pas une invention ni l’augmentation du burn out et des dépressions. Le monde enseignant a été parcouru par une intense émotion lors du suicide de Monique Redon, une directrice de maternelle. L’interrogation qui traverse le personnel de l’EN est : « allaient-ils connaître la même épidémie de suicides que des salarié.es de France Télécom dont le procès des dirigeants est en cours. Cette logique est très vieille, Gérard Noiriel, dans Une histoire populaire de la France la décrit pour le monde féodal à propos d’une crise au XIVe siècle : « La récession ayant réduit les ressources des seigneurs, ceux-ci réagirent en augmentant la pression fiscale, aggravant du même coup la misère paysanne » (p.36). Traduisons : « La crise de 2008 ayant réduit les ressources de la finance internationale, celle-ci réagit en augmentant la pression sur les États qui jouent le rôle de relais pour un accroissement de la politique néolibérale, augmentant du même coup la misère des plus pauvres. » L’exemple de la Grèce est emblématique de cette politique. En France, la pauvreté croît cette année d’un demi-point (statistique de l’Insee). Macron une fois élu a supprimé l’impôt sur la fortune et diminué les allocations logements, un programme digne des seigneurs du XIVe siècle. Sa logique ne prête pas à discussion, elle est assumée par son gouvernement et les différents secteurs subissent cette logique de plein fouet. Cette logique est mondiale, des révoltes ont eu lieu ou sont en cours au Chili, au Liban, en Égypte,  au Soudan, en Algérie, à Hong Kong, en Ukraine, en Argentine, en Bolivie, etc..

Rendre la vie impossible, par toutes sortes de pressions, ne rend pas la mort seulement possible, elle l’actualise quotidiennement dans tous les secteurs où s’applique une logique néolibérale. Ici, dans les Hautes-Alpes, le nom de Blessing, la jeune immigrée retrouvée noyée après une chasse menée par la police, est le symbole de cette politique de mort que conduit le pouvoir.

Alexandre Théon

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