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[5 décembre] Retraites, que cache vraiment la réforme ?

Nous reproduisons aujourd’hui un article de la fédération FAPT CGT du 05 qui décortique la réforme en analysant sa portée idéologique. Alors que partout sur le département les militants syndicaux sont mobilisés pour informer et préparer la journée du 5 décembre (rdv 14h rond point de l’Europe à Gap), les lignes qui suivent sont d’une importance considérable. LEC

Vivre vieux, dignement et en bonne santé ne devrait pas être un privilège ! Alors pourquoi le gouvernement s’attache-t-il à casser un système qui se veut bénéfique à tous ?

3 types de retraites

La retraite par répartition

La retraite par répartition, c’est le régime de base, le nôtre. Les cotisations des actifs servent immédiatement à financer les retraités. Les sommes cotisées n’alimentent pas la finance, ne spéculent pas puisqu’elles sont systématiquement et immédiatement réparties. C’est ce cheminement direct, sans passer par la sphère financière, qui pose problème aux spéculateurs puisqu’il n’ont pas la main sur ce capital.

Pour les salariés du privé, la pension est calculée sur les 25 meilleures années avec un taux de remplacement de 75% (régime de base et complémentaire). Pour les fonctionnaires, on fait référence aux 6 derniers mois pour le même taux de remplacement.

La retraite par points

Avec la retraite par points toute la carrière est prise en compte. Dans ce système, chaque actif dispose d’un « compte de points virtuel » qui représente l’ensemble de ses cotisations. C’est ce nombre de « points virtuels » accumulés qui sera finalement transformé en pension de retraite grâce à un « coefficient de conversion ». Ce coefficient peut prendre en compte plusieurs facteurs comme : l’âge de départ, l’espérance de vie de chaque génération au moment du départ ou la situation économique du pays. En divisant le capital virtuel accumulé par ce coefficient, on obtient le montant de la pension. Il est donc aisé d’imaginer que ce système est très sensible à la situation économique globale du pays. Contrairement à aujourd’hui il n’est pas possible de connaître à l’avance le montant de sa pension.

Dans la proposition de réforme, le gouvernement fait croire à un cadeau en annonçant qu’il ne recule pas l’âge légal. Pour autant il met en place un « âge pivot » à 64 ans en deçà duquel une décote de 5% sera appliquée par année manquante.

En cumulant valeur du point inconnue et âge pivot, tout est fait pour inciter les actifs :

  • A travailler plus longtemps pour gagner hypothétiquement plus en supposant une augmentation du point. Chacun pourra travailler plus longtemps en pensant augmenter sa retraite mais si pendant ce temps la valeur du point baisse, il aura travaillé pour rien !
  • A souscrire, quand ils le peuvent, une complémentaire privée avec les risques que cela engendre quand on place de l’argent sur les marchés financiers. C’est la retraite par capitalisation.

La retraite par capitalisation

La retraite par capitalisation fonctionne sur une logique purement individualiste. Chacun épargne ce qu’il peut, peut-être en réduisant sa consommation, ses loisirs… Au moment de la liquidation de la retraite, le salarié récupère ou pas son capital. Pendant ce temps, l’argent épargné a profité aux banques, aux fonds de pension et à la finance, sans aucune garantie sur sa gestion.

Avant de consulter nos questions / réponses en suite de cet article, n’hésitez pas à télécharger et partager notre tract sur les trois types de retraites :

Typesretraites

On répond à vos questions / remarques

Je cotise moi-même directement pour MA retraite, c’est mieux !

La retraite par points ne remet pas en cause le principe de répartition du système de retraite actuel car les cotisations des actifs continuent à payer les pensions des retraités. Par contre, l’incertitude sur le montant des pensions va inciter à souscrire plus de complémentaires avec tous les risques inhérents aux placements sur le marché.

Aujourd’hui, il existe déjà des sur-complémentaires (assurances vie, perco…). Ces systèmes sont promus par le capitalisme car ils permettent de faire du profit sur votre argent.

Il faut avoir un regard global sur le monde du travail et son évolution : les risques d’inactivité se multiplient, le parcours de vie de chacun évolue. Si un actif prévoit de « capitaliser » 200€ aujourd’hui, que va-t-il faire si les aléas de la vie (maladie, chômage, aide aux proches…) font qu’il n’est plus capable de le faire demain ?

Les régimes spéciaux sont des privilèges.

3%, est-ce un chiffre qui vous parait élevé ? Non ? Sachez pourtant que seulement 3% des 15 millions de retraités bénéficient de ces régimes dits « spéciaux ». Pensez-vous que ce taux de 3% justifie de réformer tout un système ? D’autant plus qu’une partie de ces régimes est directement financée par les cotisations de ceux qui en bénéficient.

D’autres « dispositions spéciales » existent : le service actif, les carrières longues, la pénibilité, les reversions, la majoration pour enfants… En les intégrant, 93% des retraités bénéficient de dispositions particulières. La notion de régimes spéciaux n’a donc pas de sens.

Prenons un autre exemple. Les femmes doivent-elles considérer les hommes comme des privilégiés au vu de l’écart salarial femme / homme qui demeure en France ? Doivent-elles exiger que les salaires des hommes soient ramenés au montant des leurs ou doivent-elles demander à être payé de la même manière qu’eux ? Alors, pensez-vous qu’il faille niveler les « régimes privilégiés » vers le bas ou tirer les régimes défavorables vers le haut ?

Comme c’est souvent le cas, le gouvernement fait des annonces chocs dans le but de diviser et de détourner l’intérêt sur des minorités au lieu de regarder le vrai contenu de la réforme.

Si on fait un parallèle c’est comme quand le gouvernement dénonce la fraude aux prestations sociales pour justifier la réforme de l’assurance chômage. Cette fraude existe mais représente seulement 0,5%  du montant total des prestations soit 178 millions d’euros. Dans le même temps, il oublie d’évoquer que le seul travail dissimulé représente à lui seul un manque à gagner compris entre 7 et 9 Milliards  d’euros (selon l’URSAAF) à 20 Milliards (selon la cours des compte). Et puisqu’il ne faut pas trop ennuyer les entreprises françaises qui en profitent, ce même gouvernement démantèle les services en charge de contrôler la fraude des sociétés.

Rappelez-vous qu’au nom de l’universalité et sous prétexte de voir les professions qui partent un peu plus vite que vous avoir droit à la retraite en même temps, vous acceptez vous aussi de basculer dans un système nocif à tous !

L’âge légal ne changera pas.

C’est de l’enfumage ! Certes, l’âge légal ne change pas, il reste à 62 ans mais le gouvernement instaure un âge pivot à 64 ans en dessous duquel une décote s’applique. Si le salarié liquide sa retraite à l’âge légal (62 ans) il sera pénalisé d’une perte de 5% par année manquante.

D’autre part, le gouvernement « offre » la possibilité à chaque salarié de liquider sa retraite au moment où il estime sa pension suffisante en osant appeler ça une liberté. Une réelle liberté de choisir serait de partir à l’age qu’on le souhaite en pouvant vivre dignement et en bonne santé. Proposer aux salariés le choix de partir quand ils le veulent en sachant pertinemment que le montant des pensions ne leur permettra pas c’est un peu comme leur offrir un bracelet électronique. Chacun est libre dans un périmètre imposé. Dans de telles conditions, la notion d’âge légal n’a plus de sens.

Pour le gouvernement, l’espérance de vie qui progresse est une raison de travailler plus longtemps.

A votre avis, pourquoi l’espérance de vie progresse ? Elle a augmenté au même rythme que la durée de travail a baissé et cela depuis la création de notre système de protection sociale. Pour autant, cette espérance de vie n’est pas la même pour tous, la aussi les inégalités persistent : celle d’un cadre est de 6 ans meilleure que celle d’un ouvrier.

Certes nous vivons donc plus vieux, mais dans quel état ? En quel état de santé pouvons-nous espérer profiter de la retraite ? En France, l’espérance de vie en bonne santé est inférieure à 64 ans pour les femmes et égale à 62,7 ans pour les hommes. En appliquant l’âge souhaité par le gouvernement, on partira donc en retraite malade !

De plus, 52% des séniors de plus de 55 ans sont sans emploi. C’est la combine des entreprises : les anciens dont l’expérience à un prix et qui sont plus à même de faire respecter leurs droits sont écartés. Les boîtes « offrent » ainsi une fin de carrière au calme financée directement par nos cotisations.

La retraite c’est trop loin pour moi ! Pas besoin d’y penser.

Le matraquage des médias au service des riches a bien fonctionné, l’idée est entrée dans toutes les têtes. Impossible de ne se préoccuper de sa retraite qu’un mois avant. D’ailleurs si personne ne s’en préoccupe, les gouvernement successifs, eux, le font. Ils reculent toujours plus l’âge légal jusqu’à ce qu’un jour il ne soit plus trop loin mais trop tard. Mais cela ne peux arriver que si nous les laissons faire !

De plis, si nos parents n’ont pas de quoi vivre dignement avec leurs pensions, ce sera à nous de palier à ce manque. Nous sommes donc directement touché, même si la retraite est encore loin.

Il n’y a pas assez d’argent pour financer les retraites.

Le gouvernement argumente sur le fait que le nombre d’actif sera bientôt inférieur au nombre des retraités. Mais à aucun moment le gouvernement fait référence à l’augmentation conséquente de la productivité dans ses estimations. Or, si la productivité augmente, le PIB augmente aussi et donc, en théorie, la part du financement des retraites.

Il faut également prendre en compte les autres moyens de mobiliser du budget qui ne sont pas exploités par le gouvernement. Outre le travail dissimilé évoqué ci-dessous, les exonérations de cotisation et les crédits d’impôts (notamment le CICE) sont deux réformes qui nous coûtent à tous en rapportant chaque années plusieurs dizaines de milliards aux entreprises.

De plus, le simple fait de corriger l’écart salarial femmes / hommes, qui est de 26% en France, représenterait un apport de 6 Milliards de cotisation. Il corrigerait ainsi l’écart de pension femme / homme qui est de 40%.

Et, à titre d’information, en France, au 1er semestre 2019, 51 milliards de dollars ont été reversés aux actionnaires ! C’est à ces mêmes actionnaires que nous devons la mise en concurrence de nombreuses entreprises entre elles à l’échelle mondiale qui à pour conséquence de tirer les salaires vers le bas… Donc les cotisations et… nos retraites.

Comment gagner cette bataille ?

Faire plier le gouvernement n’est pas impossible, c’est ce qu’on accompli les belges en 2018 notamment grâce à une large unité d’action syndicale. C’est aussi ce que nous sommes capable de faire en France si chacun comprend les enjeux de la réforme. Il faut donc en parler autour de nous et dans l’entreprise !

Pour cela, nous vous proposons un KIT destiné à animer des heures d’informations syndicales (HIS) dans vos services où des réunions publiques. Vous pouvez donc télécharger ici le KIT d’animation CGT sur la réforme des retraites. Il contient :

  • un diaporama pour décortiquer la réforme
  • les tracts sur les différents types de retraite et le vrai / faux des retraites
  • l’article ci-dessus au format PDF destiné à servir d’argumentaire
  • une affiche type destiné à prévenir les salariés et / ou le public de la tenue de la réunion

Retrouvez ici le tract du Vrai / Faux de la réforme :

retraite-2019

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1 Comment on [5 décembre] Retraites, que cache vraiment la réforme ?

  1. Trautmann Etienne // novembre 29, 2019 à 9:21 // Réponse

    / aux retraites. Si on veut être créatif, solidaire et penser à notre bien être (celui de tous) et non celui des capitalistes aux manettes, alors proposons une décote de 10 ou 15% (à définir) sur toutes les retraites avec un seuil en dessous duquel cette décote n’est pas appliquée (1500 €, 2000 €, à définir), mais gardons l’âge l’égal de départ à 60 ans, voir même 58. Quand on sait qu’aujourd’hui, 1 personne sur 2 qui part à la retraite ne travaille plus, soit parce qu’elle est au chômage et touche pour certains le RSA, d’autres sont en incapacité de travailler (problème de santé, l’âge moyen en France de bonne santé est 63,5 ans, à méditer!). L’argument du déficit ne tient plus à ce moment là et on évite ainsi que notre système par répartition ne bascule dans un système par capitalisation comme dans certains pays nordiques. Rappelons que la première complémentaire de France, Malakoff Médéric, était il y a encore peu de temps dirigé par le frère de Nicolas Sarkozy, ce dernier ayant repousser sensiblement l’âge de départ à la retraite.

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