[Jean-Marie Bernard] LES NON DITS D’UN DÉNI.

Un mystère hante les divers milieux écologistes : comment expliquer qu’après tant de rapports du GIEC, de l’existence des COP, les politiques de lutte contre le réchauffement du climat soient si peu à la hauteur de la survie de l’humanité ?

La négation de la crise climatique, ce qu’il faut bien nommer un déni de la réalité s’illustre, jour après jour, dans nos journaux. Le Dauphiné Libéré du 1er juillet en donne un exemple parfait.

Jean-Marie Bernard, Président du département des Hautes-Alpes, lors d’un assez long entretien lorsqu’il est questionné sur la possibilité d’un manque d’eau cet été répond : « A chaque fois qu’il y a un micro-phénomène, il ne faut pas non plus en faire une idée générale – je parle du réchauffement climatique. On a évoqué il y a 20 ans la difficulté des stations de sports d’hiver parce qu’il n’y avait pas de neige de culture. Aujourd’hui, l’enneigement a décru mais à l’échelle d’une génération, ce n’est pas significatif. »

La logique de sa réponse est claire, il y aurait des « idées générales » tellement générale d’ailleurs qu’elles semblent n’avoir aucun rapport évident avec les « microphénomènes ». Le problème de savoir comment l’on passe d’un « microphénomène » à une idée générale lui est étranger. Qu’un microphénomène comme l’existence d’un minuscule coronavirus puisse engendrer une pandémie générale semble ne pas l’interroger. Et de plus, au niveau d’une génération rien n’est significatif et donc la baisse de l’enneigement ne signifie rien !

Ainsi ni les strates de l’espace (du micro au macro) ni celles du temps (d’une génération à une autre) ne peuvent permettre de parler sérieusement de « réchauffement climatique ». Celui-ci est un microphénonène, par exemple, on a eu une diminution de l’enneigement « naturel » sur une génération mais les canons à neige produisant de la « neige de culture » ont permis de maîtriser ce manque qui n’est ainsi qu’un épiphénomène. La science et la technique sont ainsi capables de résoudre ces situations exceptionnelles.

L’ensemble de ces propos sont non seulement discutables mais concernant la « crise climatique » particulièrement erronés. A contrario, voici ce que les membres de l’Alliance des peuples indigènes à l’initiative de Raoni, un des chefs des indiens d’Amazonie,  écrivaient en avril 2019 dans Le Monde : « Nous vivons les prémisses d’une apocalypse, dont les peuples indigènes sont les premières victimes. (..) »  et encore « Les peuples indigènes ont toujours pris soin de la terre Mère et de l’humanité. Nous représentons 370 millions de personnes dans le monde, répartis sur 22 % de la planète et couvrant 80 % de la diversité mondiale. Nous appelons l’humanité à prendre des mesures pour protéger le caractère sacré de l’eau, de l’air, de la terre, du feu, du cycle de la vie et de tous les êtres humains, végétaux et animaliers. »

Si l’on met face à face, la conscience de Raoni et celle de Jean-Marie Bernard concernant les problèmes qu’affronte l’humanité, il est facile de constater l’écart gigantesque entre les deux.

Pourtant tous les deux sont des responsables « politiques ». D’ailleurs, c’est leur statut politique qui donne une forme d’autorité à leurs analyses. L’un utilise le « prestige » de sa position pour nier la crise climatique, en faire un « microphénomène » que la science et la technique permettent de maîtriser. L’autre utilise son prestige réel pour lancer un « cri d’alarme » pour les peuples indigènes mais aussi pour l’ensemble de l’humanité. L’un utilise sa fonction pour dire : « circulez, il n’y a rien à voir ». L’autre pour augmenter la conscience de l’humanité sur les dangers réels.

Le déni de Jean-Marie Bernard tient à sa fonction, à sa croyance en la technique et à sa vision limitée à une génération. De ce point de vue, il est semblable à Trump qui lui aussi est dans le déni de la crise climatique. Et même, il rejoint les « juges républicains » de la Cour suprême des USA qui viennent de limiter les mesures pour lutter contre la crise climatique. Mais pire, lui ne limite rien, au contraire, il favorise l’investissement dans les canons à neige, donc dans l’épuisement de la ressource en eau. 

A la question : « Vous ne pensez pas que la sécheresse va être récurrente ? », il répond :  « Sûrement pas, non. Il ne faut pas faire d’une exception une généralité ». La sécheresse en Inde, au Pakistan, en Afrique, l’avancée du désert de  100m par an, l’absence de pluie sur certaines zones océaniques, tous ces « macrophénomènes », il n’en a jamais entendu parlé ! Le Dauphiné Libérée du 2 juillet 2022 signale qu’« en juin 2020, un rapport d’information parlementaire faisait état « d’épisodes de pénurie d’eau d’une intensité exceptionnelle », en 2019 avec 85 départements ayant fait l’objet de restriction d’eau décidées par les préfets et 20 départements ayant connu des difficultés d’alimentation en eau potable. » Ce qui devient exceptionnel sont les années sans problème d’eau ! Dans les Alpes-Maritimes, il n’a pas plu depuis novembre 2021…

Le déni du réel est patent et les arboriculteurs du 04 et du 05 doivent se demander qui est cet homme aussi péremptoire qui a même l’air d’ignorer les difficultés d’approvisionnement en eau que rencontre son département, les villes comme Gap, etc… 

Il ne faut pas faire d’une exception une généralité, certes, et de ce point de vue Jean-Marie Bernard, n’est pas une exception, il fait parti de l’immense cohorte des hommes politiques qui dénient le réel, au lieu de nous préparer à affronter les difficultés du temps. Ils vivent et pensent comme il y une génération, voire plus, ce qu’on nomme en politique une position réactionnaire. Le déni a une origine très claire, il correspond à des intérêts politiques et économiques d’un monde en train de disparaître et incapable d’imaginer autre chose que des « petits replatrages » pour faire face aux dégats contemporains.

Espérons seulement que le monde qui est en train de naître aura l’intelligence lumineuse des peuples indigènes incarnés par Raoni : « Il est vital de transformer notre approche de la nature en l’envisageant non comme une propriété, mais un sujet de droit, garante de la vie. (..) Et pour cela :  « il est plus que jamais urgent que le monde adopte une déclaration universelle des droits de la Terre Mère. »

Jean-Paul Leroux

    5 juillet 2022

2 commentaires

  1. C’est beau comme la Bible. J’espère que ton âme sera reposée avant de s’envoler vers des contrées imaginaires. Dommage qu’en 80-90, les écolos passaient pour de rêveurs, notamment aux yeux des combattants pour l’émancipation du peuple dans l’arène douloureuse des esclaves du capitalisme.
    De mon point de vue, donc je peux me tromper, il y a encore du travail cérébral à fournir cependant. En effet, un nouveau monde n’est pas en train de naître, comme il est écrit dans la conclusion mais une civilisation disparait.
    Allez, c’est un peu tard mais faisons au mieux de ce que l’on peut.
    Avec amertume et ressentiment
    Alain Luyten

  2. Excusez moi Alp’ternatives, mais l’expression «indigènes» est un terme qui provient del’époquecoloniale à ne surtout pas utiliser. Ecrivez à Survival International, par exemple, et si vous utilisez cette expression, iElles vont vous reprendre de suite. On dit plutôt autochtones, premières nations,… mais pas « indigènes ». Le Monde n’est pas non plus au jus de cela, mais ce n’est pas étonnant, il y a encore du travail à faire dans ce sens..
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