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Chronique des 4 jeudis #10 par Laurent Eyraud-Chaume.

La sueur qu’il faut pour défaire et refaire un mur. Des heures de radios, de chaleur, de courants d’airs pour refaire une maison. La poussière que produit une cloison qui tombe et remplit les vides entre chacun de nos livres, recouvre chaque cadre, chaque marche de l’escalier… Heures de ménage chaque matin répétées pour lutter et garder un semblant d’hospitalité dans un chantier de pierres et de gravats. Remorques du matin, du midi et du soir, quand vient le temps du plâtre et des enduits je ne suis pas mécontent de vous quitter. Gestes approximatifs et joyeux du débutants, puis regards admiratifs pour celui qui maçonne dans la pièce d’à côté, professionnel des carreaux en beauté, du placo aligné, des murs lissés… Dans la fatigue de ces mois d’automne, j’ai pensé à la pensée, j’ai pensé sans cesse au courage qu’il faut pour rentrer éreinté et garder quelques minutes pour lire un journal, organiser une réunion, prévoir une révolution… Pour ma part, en refaisant notre nid, mon cerveau était dans mes bras, dans le mur suivant, au coeur du perfo, au tranchant des truelles, au fond de ma gamatte…pas une minute pour chroniquer ce qui se passe, ici et là…

Juste le temps d’une colère face au silence insensé des braves gens qui laissent tomber les migrants et leur devise républicaine, le temps d’un soupir face au réchauffement de l’air qui ne cache pas le refroidissement des relations humaines, le temps d’une digression pour assumer que je refais notre maison alors que tout s’effondre…

Retour donc à la chronique des 4 jeudis, celle qui m’enchante et me fout droit, m’insomnie et m’endort…Un retour mais différent, chargé de cette sensation, qui n’est plus une “idée”, les jours sont longs et ronds pour celui qui sue son (gagne) pain et il est sinueux le chemin de celui ou celle-là pour offrir au commun une dose d’énergie, une pincée d’idéal. Je reviens à mes mots comme à la source de mes actes. Je reviens mais je sais que mon chemin est court, mes heures protégées, mes ressources (presque) stables… Je sais que mes mains se remettront bien vite et ne ressembleront pas longtemps à celle de mon grand-père. Je sais tout ceci pour m’être affalé, chaque soir, sur mon lit telle une pierre, pour avoir manqué de patience envers les miens, pour avoir ressenti la fierté du travail bien fait, la peur de ne pas tenir les timing, la lutte contre l’éparpillement de mes actes, la course à l’efficacité…mais je peux revenir au calme, aux mots, privilège ultime.

Si personne ne raconte de l’intérieur le réel des emplois éreintants (qui ne sont pas seulement des heures sombres mais aussi des savoir-faire et des éclaircies…) c’est aussi, simplement, la conséquence “pratique” d’un état de fatigue récurent… Quand nous sommes à bout, nous nous reposons…Marx aurait dit “nous reconstituons notre force de travail”. Alors pour le récit au coeur du monde de l’entreprise, il faudra attendre où se contenter des raccourcis journalistiques et des enquêtes sociologiques… Les classes dominantes continuent, elles, de se raconter, de se mettre en scène, d’inventer des héros, des micro-drames… Leurs enfants remplissent les écoles de cinéma, de journalisme et de théâtre…Ils sortiront compétents pour raconter à leur tour ce qui les touchent de près : la quête du succès, les drames amoureux, les compétitions professionnelles…(Je sais j’exagère un peu…et oublie les exceptions…).

Qui racontera la solidarité, la fatigue, les fins de mois qui commencent le 10 ? Qui racontera le réel de l’immense majorité plutôt que d’offrir à ceux qui viennent des rêves de luttes de places et de chacun pour soi ?

Je reviens à mes claviers plus déterminé que jamais à convaincre le plus grand nombre d’en faire autant…racontons ce qui nous touche, ce qui nous révolte, racontons le concret des jours, les gestes simples qui mènent à un enduit réussi ou à une solidarité palpable…

à très vite.

Laurent Eyraud-Chaume

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